SCÈNE IV Les MÊMES, PHILIPPK
PHILIPPE
Je ne pensais pas, monsieur, qu'il me fût réservé de vous revoir encore. Je pars demain décidément, après l'enterrement de "mon parrain. Je venais embrasser mon maitre pour la dernière fois !
HONORÉ
Rendez-moi cette justice, au moins, quïl n'a pas
dépendu de moi que vous fussiez heureux... Je vous ai secondé de tout mon pouvoir auprès d'Hélène et contre vous-même. Votre reconnaissance, un peu exagérée, peut-être, pour un bienfaiteur qui n'est pas votre père, est encore le seul obstacle qui s'oppose à votre bonheur et au nôtre.
PHILIPPE
Toute reconnaissance reste au-dessous de ses bienfaits.
HONORÉ
Sans doute ! mais, encore une fois, vous n'êtes son fils que de cœur. Il peut arriver des circonstances graves, qui tourneraient en simple révolte contre la nature, l'héroïsme dangereux de votre dévouement.
l'HII.IFTK
Je n'en prévois aucune, cependant.
HONORÉ
Mais votre vrai père, votre père de sang, peut revenir, se présenter à vous, et réclamer ses droits '!
PHILIPPE
C'est vrai !
HONORÉ
N'y avez-vous jamais pensé ?
PHILIPPE Jamais !
HONORÉ
El s'il vous apparaissait, ce père, quelle serait votre conduite envers lui? Comment le recevriez-vous ?
PHILIPPE
Je lui dirais : « Tu es un misérable ! va-t'en ! »
HONORÉ Ah !... C'est peut-être un honnête homme '?...
PHILIPPE
Lui !... S'il était honnête homme, il n'aurait pas besoin de faire valoir ses droits. Il y a vingt ans que je serais son fils !
HONORÉ
Vous êtes sévère, jeune homme!... vous avez des principes bien implacables, pour votre âge !
PHILIPPE
Ces principes, monsieur le duc, je les dois à deux maîtres : à mon père, d'abord; puis au vieux prêtre que voilà !
HONORÉ
C'est donc un éternel adieu, que vous nous dites ? Et vous ne la verrez plus... Car vous ne la verrez plus !
PHILIPPE
Hélas !
HONORÉ
Tel est votre dernier mot '?
PHILIPPE Oui !...
HONORÉ, à l'abbé.
Ah ! vous l'avez bien façonné !... Salut !
Il sort.