‹ ThéâtreChapitre 112 sur 121 · SCÈNE V L'ABBÉ, PHILIPPE · texte numérisé non relu

SCÈNE V L'ABBÉ, PHILIPPE

L'ABBÉ

(^ueje suis fier de toi! (il l'embrasse.) Et cependant, mon Dieu ! tu les avais créés l'un pour l'autre !

PHILIPPE

Je n'ose vous avouer dans quel but j'étais venu ; je voudrais passer cette journée ici, dans ma chambre d'étude, entouré de ces chères images et de ces bons vieux livres qui m'ont vu si heureux. Me le permettezvous !

L'ABBÉ

C'est que... c'est que j'attends quelqu'un... Enfin, je vais arranger cela avec Marie. Mais tu resteras seul, j'ai à sortir !

PHILIPPE

Oui, seul, justement... j'ai besoin de me recueillir et de me chercher., J'ai peur de moi.

L'ABBÉ

Espères-tu donc te retrouver, malheureux enfant:' Ah ! le Philippe de douze ans, le Philippe d'avant l'Angleterre, mon Philippe, à moi, si candide et si gai! mon cher petit, où est-il ? Ils ont fait de toi un homme moderne ! Tu es triste, tu souffres, tu as le cœur brisé. Ils sont bien avancés. (Montrant le livre.) Tiens ! le voilà, ton Darwin. Il est navrant. Il ne parle que de la bête. Va donc demander à Hormisdas maintenant dans quelle étoile ça se trouve, le paradis des singes sans queue.

PHILIPPE

Pauvre Hormisdas !

L'ABBÉ

Tu le plains? Mais au moins, il était sorcier. Il jacassait avec les astres, c'est toujours ça ; tandis que toi, qu'est-ce qui va te consoler ? Tu ne crois plus à rien ! A-t-elle un remède pour ton chagrin , l'Origine des Espèces ? A quelle page ? Moi, je vais aller tinter la cloche pour ton parrain, un ignorant, un préféré, et il y a là-haut quelqu'un qui penchera l'oreille et qui me fera l'honneur de prendre son âme, telle qu'elle est. Je peux cela pour lui, je ne peux rien pour toi... Tu ne crois plus !

PHILIPPE

Non, même à l'amour.

L'ABBE

Oh! l'amour sans Dieu, qu'est-ce que cela'? une exaltation des sens, c'est tout. Ton Anglais le dit !

PHILIPPE

Je n'en demande pas davantage.

L'ABBÉ

Ainsi, il te suffirait de posséder Hélène, tout simplement ?

PHILIPPE

La posséder, et mourir après !

Elle vaut mieux que cela, beau philosophe. Allons, enferme-toi, et tâche de te calmer. Tu as eu raison de venir, c'est la bonne maison pour toi. Si tu ne peux

pas prier, médite ; si tu ne peux pas méditer, gémis ; si lu as besoin de crier, crie ; jure même, païen ! mais pas trop haut, car il va descendre des anges au son de la cloche, et tu les effraierais. A tout à l'heure!... je t'enferme !

Il sort à droite.

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