SCENE V Les Mêmes, MARIA
MARIA, survenant.
Et moi je ne veux pas.
BOSANI, affectant la galanterie.
Vous étiez là, madame, je le regrette. Croyez bien que si je l'avais su, je vous aurais évité cette scène pénible.
MARIA
Ah ! trêve de comédie ! Vous me connaissez ! Vous savez que je suis de force ! Allez-vous-en, mon cher, c'est ce que vous avez de mieux à faire, et pas un mot, c'est moi qui vous le conseille.
BOSANI
Oh ! oh ! voilà qui est parlé de haut. Au moins, vous, vous avez la fierté du crime.
MARIA
Ne parlons pas de crime, si vous m'en croyez. Vous ne pouvez pas vous battre avec ce jeune homme!... Vous le savez bien d'ailleurs, ni ce jeune homme avec vous !
BOSANI
Et pourquoi donc, je vous prie ?
ANGE BOSANI 161
MARIA
Parce qu'on ne se bat qu'avec les gens qu'on peut saluer.
BOSANI
Il me semble que monsieur est seul juge.
FRÉDÉRIC, à Maria.
Je vous en prie, madame, c'est mon devoir et mon désir. Il me prendrait pour un lâche.
MARIA, haussant les épaules.
Lui!
BOSANI
Je n'ai qu'un mot à ajouter, monsieur, j'espère qu'il vous décidera : j'ai huit ans de salle d'armes.
FRÉDÉRIC, à Maria.
Oh ! lu vois, c'est un défi ! (A Bosani.) Je vous le répète, monsieur, je suis à votre disposition.
MARIA, à Bosani.
Ecoute-moi, Ange Bosani, et regarde-moi dans les yeux. Je t'ai deviné, misérable, je lis jusqu'au fond dans ta pensée d'assassin ; ne me tente pas, je puis tout dire : je suis sûre de son amour, moi.
BOSANI, à part.
Ah ! elle l'aime bien, mais qu'elle est belle ainsi dans la colère !
MARIA
Prends garde !
BOSANI
Parlez, madame, s'il vous reste quelque chose à dire.
MARIA
Je sais ce que tu veux, cette fois !... C'est ce que les honnêtes gens ne vendent point : la considération. Tu veux laver ton honneur dans le sang de cet enfant, tu veux te réhabiliter par un meurtre bruyant... Vous avez eu là une idée infâme, mon cher ! Tu pâlis, tu vois que je t'ai deviné.
BOSANI, très sérieux.
Eh bien, vous vous trompez, Maria, je vous dis que je veux me battre à présent, mais très sûrement, entendez-vous !... et que je tuerai, si je peux, votre amant !
MARIA
Et les autres !... voici la rue et les passants !... tire !
FRÉDÉRIC
C'était donc vrai !
MARIA
Ah ! tant pis, j'en ai assez. Il te menace. Je le défends !
BOSA.NI, sombre.
Eh bien, parlez donc, vous !
.M A Kl A, à Bosani.
Je l'aime, entends-tu, et il m'aime !
BOSANI Je le vois bien.
MARIA
Me défies-tu de tout lui dire?
ANGE BOSANI 163
BOSANI
Mais oui.
MARIA, à Frédéric.
Tu vois cet homme ! Eh hien ! il me prostit...
FRÉDÉRIC, lui fermant la bouche.
Tais-toi... je le savais.
MARIA
Méprise-moi, tue-moi, mais je ne veux pas que tu meures, toi !
BOSANI
Votre dernier mot, monsieur ?
FRÉDÉRIC
Je l'aime !
BflSABO, furieux.
Ne répétez pas cela.
MARIA
Il m'aime ! et je l'aime ! Ah ! mais, va-t'en donc !
BOSANI, prend son chapeau, va à la porte et s'arrête.
Eh bien ! non ! je ne veux pas, je ne peux pas !
(Il tire un revolver.)
MARIA, apercevant le geste, se précipite au-devant, en criant :
Lâche ! lâche ! lâche !...
BOSANI, tirant sur Frédéric.
C'est mon droit de mari !
(Frédéric tombe.) RIDEAU