TITINE
Eh bien, alors!... venez avec nous à Paris, nous vous en ferons du feu, aussi bien qu'ici.
BANDRILLE
Mon enfant, ce que tu dis là part d'un naturel aimable, et je t'en remercie. Mais je n'irai voir Paris que lorsque je saurai ce qu'il est devenu. En attendant, je resterai ici tranquillement à regarder passer les petits bateaux qui vont sur l'eau. Je lierai connaissance avec des officiers de paix, des pompiers, des allumeurs pacifiques de réverbères, gens simples et raisonnables, qui se nourrissent de tomates vertes, de vertus domestiques et de barcarolles. Quand je m'ennuierai, j'apprendrai à solfier : do, ré, mi, fa, sol, la si, ut ! et au bout de quelques années, je pourrai peut-être composer des romances comme les autres, ce qui, entre nous, a été le rêve unique de ma vie ! Ah ! Loïsa Puget ! do, si, la, sol, fa, mi, ré, ut !
[Entre AlLerl.) ALBERT
Grande nouvelle, messieurs. Bosani est ici.
16fi THEATRE D'EMILE BERGERA.T
LANHR1LLE, gaiement.
Quel Bosani ? Le génie ?
JULES
Comme s'il y en avait d'autres ! A propos, mais il a suivi votre conseil, Bandrille.
BAXUR1LLE
Si j'ai jamais donné un conseil à ce personnage.. .
JULES
Enfin, voilà,, il a voulu se faire saluer, et s'est payé son petit scandale régénérateur : il a tiré sur l'amant de sa femme.
BANDRILLE
Tiré, quoi, une traite ?
OLIVIER
Mais non, un coup de pistolet, tout simplement.
LANDRILLE
Bigre ! El c'est moi qui lui avais conseillé cet... américanisme ! Je vous trouve joviaux ! Je n'ai jamais conseillé à personne de se faire guillotiner... On ne m'écouterait pas... Alors, il a tué le nabab ?
sr.il 'ION
Le nabab, cette fois, n'était qu'un peintre, notre ami Frédéric Nalis, un beau garçon, plein de talent, qui s'est toqué naïvement de lu Bosani.
Tlïl.NE
Pauvre jeune homme !
ANGE BOSANI 167
SCIPION
Rassure-toi, Titine : il se porte comme le Pont-Neuf. Bosani l'a manqué, et à l'heure qu'il est les deux amants voyagent!... deux ramiers avec un grain de plomb dans l'aile, juste ce qu'il en faut pour être un héros de roman.
UAXbRII.I.K
Et Bosani ?