J8LE
Il a fait arrêter l'instruction... Écoutez ça... Il a renoncé au bénéfice de son esclandre, et il s'amuse à les suivre par toute l'Europe, ville à ville, rue à rue, pas à pas, comme leur ombre, mais sans leur faire aucun mal, sans les troubler dans leurs amours... Estce assez gentleman ?
KHTTY
Il n'est pas si mauvais diable !
UANDIUIJ.K
Lui ? Pauvre être !
(il. IV IKK
Vous le plaignez ! Ah ! elle est forte !
lîANDRII.l.K
Pourquoi donc pas? C'est un homme qui souffre. SeiPIQN
Allons, c'est notre dernière soirée ; nous écoulerons encore celui-là : il fait bon rire.
BANDR1LLE
Vous ne serez toute votre vie que des béjaunes !
Voilà un homme de génie à qui on dérobe sa création, et vous ne voulez pas que je le plaigne'?... Ah ! eà, mais... qui plaignez-vous donc, vous autres? Votre peintre est tout uniment un petit filou. De quel droit dévalise-t-il Bosani ? Oui, je vous entends, du droit de l'amour. Vous me faites rire avec vos droits de l'amour ! Alors, Joseph avait le droit de minotauriser Putiphar ? Alors vous avez le droit de voler dans un coffre-fort parce qu'il est entre-bâillé ? Non, mais vous avez tous le sens moral... poitrinaire! parole d'honneur! Les droits de l'amour? Mais, et Bosani? Qui vous a dit qu'il n'aimait pas sa femme, lui aussi ?
SCIP10N
Parbleu ! L'ours à Tristapatte adorait les jésuites... il en mangeait deux tous les jours à son déjeuner.
BANDRILLE
A qui feras-tu croire qu'elle allait à pied quand il allait en carrosse ? Qu'elle était vêtue d'indienne ou d'organdi quand il se prélassait dans les pourpres de Tyr :' Quel est celui des deux à qui profitait la honte commune ? Ces gens-là vivaient dans la boue, soit ; on s'aime aussi dans la boue, mon petit, prends ton microscope et regarde.
JULES
Diavolo ! mais c'est de l'éloquence !
BANDRILLE
Je vous vois passera côté des plus belles études psychologiques, comme des aveugles devant une pièce de cent sous, et cela me désespère ! Vous dites tranquillement que Bosani vient d'arriver, qu'on l'a vu à la gare, qu'il suit sa femme depuis trois mois par toute l'Eu-
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rope, et ce fait énorme ne vous suggère que de,s plaisanteries rococo... Si vous réfléchissiez deux minutes;
VOUS en Seriez épouvantés... (Bosani entre très change cl .1res
abattu.) Ce petit homme qui vient là tout pâle, apporte avec lui un des plus heaux drames passionnels que l'on puisse rêver : c'est papa qui vous le dit.
OLIVIER
Au fait, qu'est-ce qu'il vient faire ici dans cette saison ?
BANDRILLE
Et ça écrit des romans ! Et ça veut dégoter Balzac ! C'est piteux ! Vous allez partout criant : Oh ! ce Bandrille ! le maître du paradoxe ! Est-il amusant ! Allez, maintenant, filez, mes amours, rattrapez-le votre Paris qu'arrose la Seine... Moi, je le tiens, il est là, dans le cerveau de ce monsieur, qui, la tête entre les mains, regarde, sans voir, au fond de ce précipice étoile.
TOCS
Allons, Bandrille, ne vous fâchez pas... Nous resterons huit jours de plus, ami Bandrille !
On a toujours l'air d'extravaguer quand on vous parle plus sérieusement qu'un bonze ! Je vous répète que l'état mental de cet homme doit être affreux et que sa présence ici m'épouvante.
OLIVIER
Peut-être n'est-il venu ici que pour jouer et se distraire !
BANDRILLE
Il jouerait, bêta ! On joue tout le temps quand on joue.
ALBERT
Il a sans doute de la famille à Monaco.
BANDRILLE
Raison de plus pour qu'il n'y vienne point. Allons ! il faut que je vous aide. Si, par exemple, c'était ici que le peintre a fait la rencontre de la Bosani pour la première fois.
JULES
On dit en effet que leur amour date de là.
BANDRILLE
Eh bien, allez donc, tardigrades, limaces... Le problème n'est pourtant pas bien difficile.
SClIiON
A moins qu'il ne revienne pour voir l'endroit !
Et vous riez de lui ! Mais vous n'êtes pas dignes de lui attacher les bretelles ! Alors, vous ne devinez pas ! Quelle génération, mon Dieu !
KETTY
C'est pourtant bien simple : il court après sa femme parce qu'il l'aime.
BANDRJLLE
Toi ! viens queje t'embrasse. Je t'épouserais, si nous avions le temps, rien que pour ce mol- là. Vous n'avez pas de honte! Distancés par Ketty ! Eh bien! oui, il l'aime, entendez-vous ! Ce n'est pas le peintre que la balle a atteint, c'est lui, lui Bosani, ce malheureux ! Elle a ricoché sur le cœur du pauvre diable et a fait
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lever un petit ressort nommé la jalousie ! Il est jaloux, le misérable, de cet homme, le seul que la Bosani ait aimé et respecté. Parce que c'est ça, l'amour, jeunes concombres, parce que ça s'attrape de cette façon-là aussi, par la jalousie. Il avait trop compté sur son armure. Il voulait bien qu'elle le trompât, mais il ne prévoyait pas qu'elle aimerait. Voilà pourquoi je le plains, moi, ce lépreux, car c'est terrible ce qui doit se passer dans cette tête! Aimer tout d'un coup une femme qu'on a soi-même nababisée , cela fait frémir d'y songer. Être comme ce personnage d'Hoffmann, ce Cardeilhac qui s'éprend d'un fol amour pour les bijoux sortis de ses mains et veut les reconquérir un à un... Si vous aimez les cinquième acte où le vice est puni et la vertu récompensée, en voilà un que je vous recommande !
jui.es Mais que pensez-vous qu'il arrive s'il atteint sa femme ?
Je n'en sais rien. Si le peintre la lâche et si Bosani la reprend, je plains sincèrement et le peintre et les autres. Je doute qu'aucun en réchappe. Il fera comme Cardeilhac, il reprendra son écrin, perle à perle, à la pointe de la dague, s'il le faut... Broummm ! Allonsnous-en, hein! J'ai besoin de heurter quelques flacons entre eux. (lis sortent.)