SCÈNE VI
Les Mêmes, PHILIPPE
PHILIPPE, excité par la danse.
On vient de me dire que vous étiez ici, mon cher maître, et j'accours vous saluer.
L'ABBÉ, lui prenant l'oreille.
Tu t'en donnes, hé? tu te dégourdis les mollets;' C'est de ton âge ! amuse-toi ! Et ta charmante sœur ?
l'HlLlPPL
Je la croyais ici ! Vous ne l'avez pas vue ? Nous l'avons laissée, le père et moi, avec mademoiselle d'Argeville.
L'ABBÉ
Est-ce qu'il... gigote aussi, ton père? Dis-lui donc que nous sommes ici, si tu le rencontres, et que mon frère serait heureux de le complimenter.
PHILIPPE, saluant Honoré.
Monsieur! A tout à l'heure, mon cher maître.
2i8 THEATRE D'EMILE BERGERAT
L'ABBÉ, le retenant.
Oui, oh! ton cher maître! on me Ta embelli, mon élève. Qu'est-ce que tu sais de plus que ce que je t'apprenais ? L'anglais, peuh !... un patois normand.
PHILIPPE, s'arrêtant.
Le patois de Shakespeare.
L'ABBÉ
Shakespeare! Shakespeare!... mais je l'avais dans ma bibliothèque. Fais-tu partie d'une société de buveurs de quelque chose ? Je parie que tu lis la Bible ?
PHILIPPE
Et vous ?
L'ABBÉ, embarrassé.
Ce n'est pas la même. Voyons : où en es-tu de tes croyances?
PHILII'PE, d'une grosse voix.
A Darwin.
L'ABBÉ
Encore un nouveau ! Qu'est-ce qu'il chante celui-là ? Il nie l'existence de Dieu? hé? c'est coquet! je te le démolirai, allez, marchez ! et rien qu'avec Fénelon encore !
PHILIPPE
Je veux bien.
L'ABBE
Va, parpaillot !... va, Amalécite !
Philippe sort en rianl .