SCENE X BLONDEL, HORMISDAS
BLONDEL, sombre.
Qu'est-ce qu'ils viennent faire dans mon bonheur, ces nobles?
HORMISDAS, se trottant les yeux; il sort de l'àtre.
Dormir en plein midi ; ce que c'est que de nous ! Et toujours soif, voilà le malheur !
BLONDEL
C'est toi, Hormisdas ! Tu étais là?
HORMISDAS
Je dormaillais là, dans l'âtre.
bLondel Il y avait longtemps que tu reposais ?
HORMISDAS Une couple d'heures, peut-être ?
BLONDEL
Tu n'as pas entendu le duc ?
HORMISDAS
Quel duc ?
BLONDEL
Le duc Honoré.
HORMISDAS
Il est chez toi ?
Oui, avec sa nièce, mademoiselle Hélène.
HORMISDAS
Que te veut-il ?
BLONDEL
Je te le demande.
HORMISDAS
Peut-être rien du tout ? C'est le hasard.
BLONDEL
Hasard fâcheux! Je hais cet homme d'instinct et de pressentiment aussi.
HORMISDAS
Les morts sont morts, Blondel !
258 THEATRE D:ÉMILE RERGERAT
BLONDEL
En voilà pourtant un qui revient ! Regarde cette jeune fille qui danse entre les bras de ton filleul, la connaistu ?
HORMISDAS
Non ! Elle est belle comme les saints anges.
BLONDEL C'est Hélène d'Argeville.
HORMISDAS, lui offrant à boire.
Ah!... Qu'as-tu à craindre? Ta vie a toujours été régulière, honorable. Ton livre est blanc ! on t'aime. Dans une heure ces gens-là seront partis et ton souci avec ! Bois un coup : ton cidre est bon. Les pommiers d'où tu le tires ne doivent rien à personne.
BLONDEL
Elle est bien belle, Hormisdas !
HORMISDAS
Tu as de l'esprit et de la manigance ! Laisse venir, il sera toujours temps de te défendre.
BLONDEL
Elle est bien belle, Hormisdas !
HORMISDAS
Bon ! Leur devise est : « Sans alliage ! » Bois donc !