‹ ThéâtreChapitre 92 sur 121 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

Les Mêmes, PHILIPPE BLONDEL

C'est toi, mon garçon ? Tu as abandonné ta danseuse?...

l'HILUTE

C'est que...

BLONDEL Qu*as-tu '?...

PHILIPPE

Oh rien !... Seulement... M. le duc d'Arge ville vient à deux reprises différentes, et, comme avec insistance, de m'appeler Philippe Givron ! Givron, c'est le nom de ma mère, ce n'est pas le nôtre.

Ah! il t'a?...

HORMISDAS

Belle affaire ! la langue lui a fourché.

PHILIPPE

Mais, parrain, il n'a pas connu ma mère.

HORMISDAS

Peut-être bien que si... au fait !

BLONDEL, résolument.

Non, Hormisdas, rien ne sert de mentir. Mon enfant, cet homme t'a appelé Philippe Givron, parce que tu t'appelles Philippe Givron.

Philippe Je ne comprends pas !...

BLONDEL

Tu n'es pas mon fils !

PHILIPPE

Je ne suis pas '?...

BLONDEL

Te voilà un homme maintenant ! Je te devais celle explication, et je l'aurais donnée plus tard... Elle est si pénible que j'hésitais ; mais puisque ce duc !... — Écoute, mon garçon : lorsque j'ai épousé ta mère, vous étiez déjà nés tous les deux. Mais je l'aimais, je l'adorais et j'avais tout pardonné. Tu sauras ce que c'est que d'aimer un jour ! Dès qu'elle y consentit, je la pris, et vous avec, bien entendu. Voilà.

PHILIPPE

Vous n'êtes pas mon père, vous ?... (Avec élan.) Oh ! par pitié, cachons ce secret à Isole.

BLONDEL

As-tu d'autres questions à m'adresser?

PHILIPPE

Non, si vous nous aimez toujours.

BLONDEL

Je n'aime que vous ! J'aurais pu vous reconnaître par contrat de mariage. Je ne l'ai pas fait pour deux raisons : la première, c'est que je ne me reconnaissais pas le droit de vous imposer, à vous, enfants libres, des liens de parenté que vous pouviez maudire un jour ou l'autre. Je voulais vous mériter d'abord.

HORMISDAS

Tu les as achetés par vingt ans d'amour, Blondel. Ils sont bien à toi !

BLONDEL

La seconde raison part d'un sentiment plus égoïste, mais j'espère que vous me le pardonnerez. Denise était

plus belle que jamais, moi j'étais jeune et fort et j'avais l'espoir... hélas ! La nature n'a pas voulu. Elle ne devait plus rien à votre mère, elle lui avait mesuré sa part en vous donnant à elle, tous les deux, en une seule fois J'ai été trop puni de mon espérance, puisque je suis obligé maintenant d'attendre votre majorité pour vous adopter. Voilà pourquoi, mon fils, tu t'appelles1 encore Philippe Givron!

PHILIPPE

Si vous aviez eu d'elle d'autres enfants, nous auriezvous donc moins aimés ? Auriez-vous été moins notre père que vous l'êtes, et serais-je moins votre fils '?

HORMISDAS

Voilà la récolte, brave homme !

PHILIPPE

Que ne suis-je plus vieux d'un an !

BLONDEL, l'attirant dans ses bras.

Merci ! va danser. (Le rappelant.) Philippe, tu n'as rien à me demander ?

phiuppe Non.

BLONDEL

Pas même le nom de ton vrai père ?

PHILIPPE

Le nom de mon vrai père est Blondel.

BLONDEL

Va. Tu es un homme.

(rideau)

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