‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 10 sur 170 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

fut la période brillante de sa vie, l'époque où il était accueilli dans toutes les cours, ou le roi de Karinthie le faisait baron, où il recevait tous les ordres, toutes les croix, où, en cinq ans, il était nommé chevalier, officier, commandeur de la Légion d'honneur.... Puis, ça été la dégringolade, l'affaire formidable de l'accaparement des charbons, où il s'est cassé les reins.

Vernières. — Eh bien, à moi, on a raconté que d'Urtli est né à Genève, qu'il est protestant et que c'est à la

suite d'une affaire d'espionnage (Diverses personnes

entrent, il s'interrompt.) Qu'y a-t-il?

Klobb, qui regarde. — Le baron de Thau vient de ce côté.

Ver?<ières. — Avec Lormier?

Klobb. — Non, le président du Conseil cause avec El Mansour.

Carrier, remontant. — C'est à cause d'El Mansour que le président est venu. Oui. Il ne peut pas le recevoir officiellement au .Ministère

La scène s'est remplie, on forme comme une haie devant le baron de Thau. Mme Vernières, Mme Brianne, Pauline forment un groupe. Les Administrateurs de la Nouvelle-Afrique sont aussi groupés. Çà et là, Sullivan, un Allemand, Lelierre, le Procureur, Grimblot, etc.

Le Baro>' entre en causant avec Mme Cousin. — Ces gens-là sont des maîtres. On ne les démolira jamais. Je les connais bien. Je les ai beaucoup étudiés. Voyez-les à Paris, à Berlin, à Bruxelles. Dites-moi qui pourrait lutter contre eux. Et leurs procédés sont si simples. Je vais bien vous étonner peut-être, mais parmi eux, un de ceux qui me touchent, qui m'émeuvent, oui, qui m'émeuvent Ij plus, — c'est Fra Angelico. Je ne traverse jamais l'Italie sans m'arréter à Florence pour rêver quelques heures dans le couvent de Saint-Marc,

illustré tout entier par les mains innocentes du bon moine. Connaissez-vous l'Italie, madame Brianne?

Madame BRIA^NE. — J'ai passé un hiver à Naples.

Le Baron. — Oui... oui.... Mais Florence, Sienne, Pise, la Toscane?

0 Toscana paese d'incanto

Ira le belle, sostieni il tuo vanto.'

Vous avez l'âme d'une artiste ; c'est là qu'il faut aller. Et si l'on était sage, c'est là qu'on coulei'ait ses jours.

(11 est arrivé, en causant, près de Grirablot.) Ail! mon cher

Grimblot, quelqu'un qui assistait à la séance de la Chambre, avant-hier, m'a fait les plus vifs éloges de votre discours. Il paraît que c'est la critique la plus spirituelle, la plus piquante qu'on ait faite de ce Ministèi'e. Vous serez le chef de votre parti. C'est vous qui mènerez le combat l'an prochain aux élections.

Grimblot, plus bas. — Pourrais-je aller vous dire bonjour un de ces matins?

Le Baron. — Oui. Je vous convoquerai. (S'adressant à un autre monsieur.) Eh bien, monsieur Farnier, nous allons avoir d^^s félicitations à vous adresser. Nous causions de vous, hier, avec le garde des sceaux. (Désignant Farnier.) Je vous présente notre nouveau procureur de la République. (On entoure Farnier.) Et je me félicite d'avoir Contribué — oh! dans une faible mesure — à celte nomination. Vous étiez trop modeste. Avoir du talent n'est rien, monsieur Farnier : il faut le faire valoir. Dans une république, ce n'est pas l'effort qu'on couronne, c'est le succès. Ah! mon cher ami, je serai le premier solliciteur qui vous adressera une requête. Vous trouverez au Parquet un brave garçon, un employé modèle, Borie, que j'y ai placé autrefois. Je vous le recommande.

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