‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 103 sur 170 · ACTE DEUXIÈME. m · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME. m

iFouRNiER. — Ah! non pas de blague.

Marie, à Fournier, pour qu'il intervienne. — Monsieur André.

Roger. — C'est mon devoir.

René. — Y penses-tu?

Madame Roger. — Cet argent est à nous cependant.

Fournier. — Personne ne connaît ce testament?

Madame Rogeh. — Personne encore.

Ren'é. — Sauvés 1

Fournier, à Roger. — Eh bien, alors?

f^oGER. — Cette fortune ne m'appartient pas.

Fournier. — Nul n'osera vous la disputer.

Madame Roger. — C'est ce que je disais.

Rewé. — Tu as raison.

Marie. — Évidemment!

Roger. — Et ma conscience?

Fournier. — Votre conscience! Votre conscience! Et moi, n'ai-je pas aussi une conscience? Ne suis-je pas un honnête homme? Ai-je jamais fait tort à personne d'un sou? Si je vous dis que vous pouvez garder cette fortune, vous le pouvez sans crainte.

Marie. — ïu entends, père!

Madame Roger. — Je l'avais compris tout de suite avec mon simple bon sens.

René. — Que diable! On ne rend pas six cent mille francs comme on boirait un verre d'eau.

Roger, à Fournier. — Mais réfléchissez un peu, moii ami.... Aucune hésitation ne m'est permise.

Fournier. — Réfléchissez vous-même et longuement. En somme, rien ne presse.

Roger. — Si elle vient à mourir?...

Fournier. — Tant mieux, parbleu! Vous n'aurez plus de scrupules, alors.

Roger. — jle croyez -vous assez malhonnête pour garder une fortune qui...?

Marie. — Mais elle t'appartient.

René. — Plus justement qu'à cette fille.

FouRMER. — Enfin, quelle est votre intention? Vous n'allez pas, j'imagine, avertir la Manon de votre découverte?. .

Roger. — Si.

FouRMER. — Dans son état, une nouvelle pareille peut la tuer.

Madame Roger. — La tuerl Tu entends.

René. — Ce n'est pas là ce que tu veux.

FouRNiER. — Avant de faire une démarche auprès d'elle, laissez-moi m'assurer si elle peut vous recevoir, si elle est capable de discuter avec vous, de comprendre même ce que vous lui direz....

René. — C'est trop raisonnable.

Marie. — Oh! petit père, attends.

Fournier, avec autorité. — D'ailleurs, maintenant, cher monsieur, c'est le médecin qui parle. Vous allez me faire le plaisir d'entrer chez vous, de vous allonger sur le canapé, de n'en pas bouger jusqu'à mon retour et de ne plus penser à rien.... Cette histoire vous a bouleversé, je le vois.

Madame Roger, alarmée. — Si tu allais tomber malade 1

Fournier. — Je vais marquer une potion.

Roger. — Eh! non... que diable!

Fournier, énergique. — Je vous dis que vous allez rentrer dans votre chambre.... Je ne partirai qu'après vous avoir installé dans un fauteuil.... Là.... Est-ce claii^?

Marie. — Oui.... Repose-toi, petit père.

Madame Roger. — Nous te laisserons bien tranquille.... Et tu pourras mûrement réfléchir sur le parti que tu dois prendre.

Page 1