FOURNIER, RENÉ, MADAME ROGER, MARIE, LA PETITE JEANNE
FoURNlER, redescondanl après avoir donné un tour de clé. —
Ouf! Nous voilà débarrassés de lui!
René. — Quelle tuile!
FooRMER, à madame Roger. — Je VOUS disais de les vendre ces sales livres. J'avais comme un pressentiment qu'ils nous porteraient malheur.
Re.né. — Ahl Si je m'étais douté... quel feu de joie
Marie. — Voilà tous nos beaux projets anéantis!
FouRMER. — Mais aussi que diable quand on a un cousin quasi millionnaire on s'occupe un peu plus de lui que vous ne le faisiez.... On ne le perd pas de vue.... On le dorlote.... On est aux petits soins pour lui.... On tâche de se le rendre favorable.
Madame Roger. — Je le disais à mon mari. Mais il craignait que Ton tînt ses démarches pour intéressées, alors....
FouRNiER. — Alors, il a laissé le champ libre à la Manon!... Je le reconnais là!
Madame [»oger. — Quel malheur!
FouRNiER. — Ne perdons pas à nous désoler un temps précieux. Croyez-vous M. Roger assez simple pour rendre sa fortune?
Madasie Roger. — Il le fera comme il le dit.
Rehé. — Nous dépouiller....
Fourmer. — Il est fou !
180 LE BIEN D'AUTIiUI.
Madame Roger. — C'est un honnête homme, et....
Fourrier. — Il a la monomanie de l'honnêteté. Les raonomanes, on les enferme.
René. — Si nous ne nous insurgeons pas contre lui, il enrichira à nos dépens cette lille ! (A Foumier.j Au fait, la croyez-vous gravement malade?
FouR^iiER, d'un air satisfait. — Oui.... De plus elle est soignée par JofFre.
René. — Eh bien?
FoLRNiER. — C'est un âne. Mais elle peut traîner deux ou trois mois encore. Sacredié de sacredié! (Pause.) Voyons, mes enfants, parlons peu, parlons bien.... Qui a le testament?
Madame Roger. — Denis, dans sa poche.
FouRMER. — 11 ne le gardera pas toujours sur lui. S'il le mettait dans un tiroir....
Madame Roger. — Eh bien?
FoURSIER, avec le geste de déchirer un papier. — Eh bien.... Eh bien.... Dame!...
Madame Roger. — Ah!... non... cela... jamais....
Folrmer. — Quoi!... Ce serait si simple!
René. — Oui... mais il ne s'en dessaisira pas.
Fourmer. — Je le crains.... A moins que... (Pause.) à moins qu'il ne doive s'absenter. Il ne l'emporterait pas. . . .
René. — Naturellement.... Il l'enfermerait dans son bureau... ou dan> son secrétaire.... J'en ai les clés....
FonRNiER. — Parfait!... Ah! si nous pouvions l'éloigner pendant deux ou trois jours....
René. — Nous serions peut-être assez heureux pour que Manon....
Un geste.
Fourrier. — Ne comptons pas trop là-dessus. Mais la soignant, j'aurais quelque influence sur elle.... Je pour-
rais... l'amener à signer une transaction par exemple... (Plus bas.) ou autre chose.... Voyez-vous, gagner du temps.... Tout est là.
Madame Roger. — Gomment? Si Denis est persuadé qu'il doit montrer ce testament, il n'hésitera pas....
FouR.MER. — Vous avez un mari vraiment singulier, madame.
Madame Roger. — Il ne connaît que son devoir.
FouRNiER. — Et sa famille, ne s'en occupe-t-il jamais?
liA PETITE JeaNJNE, qui chante en berçant sa poupée.
Do, do, l'enfant do L'enfant dormira....
Re.né, brusquement. — Veux-tu nous fiche la paix, toi, hein?... C'est bien le moment de chanter.... File!
Alplionsine entre par la gauche.