‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 111 sur 170 · SCÈNE III Les mêmes, ROGER · texte numérisé non relu

SCÈNE III Les mêmes, ROGER

Roger entre, habillé pour sortir. Surpris de voir la joie des

autres. — Eh bien?

René, qui rit. — Nous t'avions enfermé !

Marie, qui rit. — Nous ne retrouvions pas la clé.

FouRiNiER. — J'ai cru que nous aurions besoin d'un serrurier.

Reiné. — Tu étais prisonnier,

Fodr:nier, qui rit toujours, — Vous ne comprenez pas?... Parbleu?... Et la dépèche! (A madame Roger.) Avez-vous la réponse?

Madame Roger. — Non.

René. — Ah! oui... la dépêche....

FouRsiER. — Vous allez recevoir une dépêche.... Ah ! ah!... de Paris... que nous vous avons expédiée... on voulait vous envoyer faire un petit voyage... ah! ah !... Au fait, vous ne savez pas la nouvelle.... Elle est morte!

Roger. — Qui?

FouRMER et René. — Manon !

Roger, saisi. — Elle!

Madame Roger. — Oui, mon ami.

FoiRMER. — Je suis arrivé chez elle pour lui voir tourner l'œil.

Roger. — La malheureuse !

René. — Te voilà tranquille!

Alphonsine, remontant. — Et sans scrupules. Ouf! Je

vais me déshabiller maintenant....

Elle sort.

FuUILMER, frappant snr l'épaule de Roger. — Eh bien,

comptiez-vous sur une solution si prompte?

Resé. — Pas moi.

FouRxiER. — Avec vos sacrées idées, vous m'avez fait passer une vilaine après-midi. J'avais si bien déjeuné !

Marie. — La fortune est à nous, l)ien à nous, cette fois.

Madame Roger. — Oh ! oui.

Roger. — Ah çà! vous êtes tous fous, je pense?

Re>é. — Hein?

Fourmer. — Quoi encore?

Roger, à Foumier. — Voyons, vous le savez bien, vous, que cette fortune n'est pas à moi et que je ne peux pas Ja garder.

Marie. — Comment! Elle ne nous revient donc pas de droit maintenant ?

René. — Légalement, non.

Madame Roger. — Ça n'est pas possible.

René. — Cet argent appartenait à Manon et nous ne sommes pas les héritiers de cette fille. Mais enfin si la lettre do la loi est contre nous, le bon sens....

Roger. — Il n'y a pas que la loi contre nous, il y a l'équité. Ces deux heures, je viens de les passer à réfléchir. J'ai envisagé notre situation sous toutes ses faces, examiné toutes les hypothèses, même la mort de cette fille, et toujours, toujours, j'en suis arrivé à cette conclusion, que cet argent ne m'ayant pas été légué à moi, je ne pouvais pas y toucher. (Protestations.) Puisque mon cousin ne m'a pas nommé dans son testament, c'est qu'il avait l'intention de me déshériter, à cause de notre brouille peut-être. S'il eût pu prévoir que Manon ne profiterait pas de sa libéralité, c'est en faveur d'une autre qu'il eût testé, et mon devoir....

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