ACTE TROISIÈME
rî'entrer dans la pensée des morts, et de disposer du '.)ien d'aulrui. Si une fois, une seule, je transigeais avec Ma conscience, je serais un homme perdu. Et je ne me perdrais pas seul, car l'exemple est contagieux.
FouR.NiER. — Moquez-vous donc des autres. L'univers n^ pas les yeux lixés sur nous.
HoGER. — Et mon fils? Je fais un sacrifice; il ne sera pat inutile ; René ne l'oubliera jamais. FouRNiER. — Ah ! fichtre, non, il ne l'oubliera pas. Roger. — Oui. Je vous entends. Il pourra s'en irriter d'abord ; mais plus tard, sur le point de commettre une mauvaise action, l'exemple de son père le retiendrait sans doute.
FouRNiER. — Eh bien, non, non, non, vous n'avez pas le droit, au nom de je ne sais quel vague idéal d'honnêteté, de bouleverser l'existence de cinq ou six personnes, et de me jeter, moi, dans le plus cruel de tous les embarras.
Roger. — Vous ?
FouRMER. — Que vais- je répondre à Jossot? Il nous est impossible d'acheter l'établissement dont il parle ! Voilà une occasion superbe, unique, que nous allons manquer par votre faute.
Roger. — Vous en trouverez une nouvelle. FouRiMEu. — Où? Quand? Et si nous la trouvions, comment en profiter sans argent? Je me vois condamné à un labeur acharné de sept ou huit ans pour économiser la somme qu'il me faut, et je vois aussi d'auti^es projets, plus cliers, indéfiniment ajournés. Roger. — Quels projets?
FoirlMer. — Pai'bleu ! mon mariage... dont vous ne paraissez guère vous soucier. Mais vous ne pensez qu'à vous, (Avecdétlaiii ) à volre probité, dans toute cette affaire.
Roger. — Je ne comprends pas vos paroles... ou plutôt je crains de les comprendre trop.... Votre amour pour ma fille, ne vous attirait pas seul ici.
FouR!^iER, avec hauteur. — Ah! je ne vous permets pai de suspecter mes sentiments ! Je ne me pique pas d'cccomplir des actions héroïques, mais je tiens les engagements pris. Je ne veux pas d'équivoque entre nous. C'est à vous seul que votre lllle devra s'en prendre du retard apporté à notre mariage.
Roger. — Et à son manque de fortune peut-être.
FouRMER. — Sa fortune? Je m'en moque. Si je voulais épouser une jeune fille riche, je la trouverais demain, demain, m'entendez-vous? Ce n'était pas pour vivre aux crochets de ma femme que je demandais une dot. Vous connaissez l'usage que je voulais en faire.
Roger. — Enfin... vous remettez vos projets de mariage... à plus tard?
FouRMBR. — Distinguons. Ce n'est pas moi, mais vous. Dans quelques années peut-être, à force de travail, d'économies, j'aurai assuré mon avenir; il me sera permis alors d'épouser Marie.
Roger, méprisant. — Oui... Vous voulez vous donner le temps de la réflexion.
Entre Alphonsine.
FouRNiER. — Ah! venez donc, venez, madame. Tâchez d'empêcher votre père de faire la sottise qu'il médite. Moi j'y renonce.
Alphonsine. — Vous partez?
Focrnier. — Puisqu'on dédaigne mes conseils, ma présence n'est plus utile ici. Je me retire. Dites surtout à votre sœur que je ne l'ouhlio pas, et qu'en dépit des obstacles qu'on élève entre nous, j'ose encore espérer qu'elle sera ma femme. il salue et se retire.