SCÈNE V ROGER, ALPHONSINE
Alpiionsine. — il part pour ne plus revenic, n'est-ce pas?
Roger. — Ah! Que je ne le revoie jamais !
Alphonsine. — Et de gaîté de cœur, tu brises l'avenir de Marie, quand tu pourrais si aisément l'assurer?
Roger. — Et toi aussi, ma fille, tu voudrais m'empêcher d'accomplir mon devoir ?
Alphonsine. — Je veux t'empêcher de nous perdre tous.
Roger. — Plus un mot. Je suis le maître et ne prends les conseils de personne.
Alpho.nsiine. — Tu m'entendras, il le faut,... et quand lu m'auras entendue, tu renonceras de toi-même à ton projet absurde. (Pause.) Tu as vu mon mari?
Roger. — Je l'ai mis à la porte. Il te voulait pour ton argent.
Alpiio-nsine. — Eh bien, garde-le donc cet argent, puisque MuUer y tient.
Roger. — Comment?... Tu accepterais... sachant....
Alphonsine. — Je l'aime.
Roger. — Mais en te reprenant, ton mari laisse entendre qu'il te juge coupable.
Alpiionsine. — Ah! père, nous ne pouvons pas plaider l'un contre l'autre. Il ne faut pas que ce procès ait lieu, lu entends bien, il ne le faut pas.
Roger. — Pourquoi donc? Tu te défendras. On t'y oblige. Tu prouveras ton innocence.
Alpho>si>e. — Je ne me défendrai pas.
Roger. — La raison?...
Alpiio.NSINE, troublée par le regard de son père. — Crols-
206 I.E BIEN D'AUTRUl.
moi.... L'intérêt de ma fille... le mien... exigent que nous nous entendions avec MuUer.
Roger. — Et pourquoi? Que crains-tu?
Alpho>si>e. — Sait-on les surprises d'un procès? Connaissons-nous les témoins que Léonce peut avoir racolés, les infamies qu'ils pourraient débiter sur mon compte?
Roger. — Ainsi, supposant Muller capable de te perdre par de pareils moyens, tu consentirais à retourner chez lui?
ÀLPHo.xsi^iE. — Je lui pardonne tout. Ahl père, ne me sépare pas de lui. Que deviendrais-je? Où irais-je?
Roger. — Ma maison t'est ouverte.
Alpho-nsine. — Que feras-tu, toi-même?
Roger. — Je me remettrai au travail.
Alpuoxsin'e, prenant son parti. — Eii bien, noïi, non... je ne veux pas plaider contre mon mari. . . , (Plus bas.) Surtout, je ne veux pas laisser faire l'enquête qu'il demande.
Roger, inquiet. — Tu n'as rien à redouter, je suppose? Tous ces témoinS; nous prouverons qu'ils uientent, n'est-ce pas?
Alpho>sine. — Le pourrons-nous?
Roger. — La fausseté de leurs accusations éclatera d'elle-même à tous les veux.
Alpho-xsi.xe, la tète baissée. — Mais... si... elles sont... vraisemblables... ou s'il m'est impossible... de les réfuter?... Comprends... comprends... ma situation... mon embarras... à m'expliquer....
Roger. — ... Alphonsine... mon enfant....
Alpho>si>'e. — Je me suis tue jusqu'à ce jour pour ne pas te tourmenter.... Je croyais qu'on ne saurait jamais la vérité... que nous nous entendrions avec Léonce... mais il faut... tu veux.... J'ai été inconséquente, légère 'Sur un mouvement de Roger, vivement.) Mon