‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 122 sur 170 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

l'idée de venir prendre des nouvelles de notre petite fiancée....

Marguerite. — Excellentes, mon parrain. Peut-êlre, verrez-vous tout à l'heure mon fiancé, M. Georges et sa mère, votre vieille amie Mme de Réhy. Voici une lettre d'elle annonçant sa visite.

Ternand. — Et ta maman, à toi? Où est-elle? J'aurai un mot à lui dire.

Marguerite. — Elle est là avec une dame patronnesse de je ne sais quelle œuvre, qui doit lui fourrer des billets (le loterie.

Teri>a.nd. — EtArmières? Il n'est pas là, n'est-ce pas?

Madame Armières mère. — Mon fils est à l'usine.

Marguerite. — Mais non, grand'mère. Papa avait un rendez-vous en ville.

Ternand. — Un acquéreur?

Marguerite. — Peut-être.

Ternand. — 11 va rentrer?

Marguerite. — Non. 11 est si affairé!

Madame Armières mère, vivement. — Pas plus qu'à l'ordinaire.

Marguerite. — Ah! si. Hier soir papa est rentré à huit heures. Lundi et mardi il n'a pas déjeuné ici. Enfin il a passé toute la nuit dans son bureau, où je l'ai trouvé ce matin remuant des montagnes de papiers, imprimés, reçus, factures!

Madame Armîères mère, vivemeni. — L'inventaire — Puisqu'on vend l'usine.... Offre du thé à ton parrain.

Marguerite. — Vous désirez, mon parrain?

Ternand. — Une demi-tasse. (Marguerite va à la table

à thé.) Eh bien, et Valentine?

Margueiuie. — Ah! Valentine!

Ternand. — Je ne la vois pas.

Marguerite. — Elle boude, la sœur aînée.

Ternand, surpris. — Valentine boude?

Marguerite. — Si vous saviez comme elle a été désagréable au déjeuner !

Ter.nand. — Bah!

Marguerite. — Maman Ta grondée, elle a couru s'enfermer dans sa chambre. Et elle a fait claquer la porte!... Vlan!

Ternand. — Valentine fait claquer les portes? Elle manifeste?... Elle parle peut-être?

Marguerite. — Elle réplique !

Ternand. — Non? Valentine la muette! Valentine dont l'heureux caractère....

Marguerite. — Miracle, mon parrain! Valentine n'a plus bon caractère !

Terna.nd. — Que me racontes-tu?

Marguerite, tout en préparant le thé. — L'horrible vérité! Oui, vous avez connu une Valentine patiente, douce, un peu triste, silencieuse. Oh! on ne l'entendait guère, nous vivions avec une ombre. Et même quand elle sortit du couvent, à dix-neuf ans, moi qui étais encore une fillette.... Deux morceaux de sucre, mon parrain?

Ternand. — Un morceau.

Marguerite. — Moi qui étais encore une enfant, quand je vis arriver cette grande jeune fille que je connaissais à peine et qui était si réservée, si froide, je commençai par avoir peur d'elle.

Madame Armières mère. — Oh! Marguerite.

Marguerite. — Mais oui, lorsqu'elle tournait vers moi ses grands yeux et qu'elle me considérait longuement, sans parler, je me sentais mal à l'aise. Enfin, je m'étais habituée à ses manières singulières. Mais brusquement, voilà que Valentine devient agressive, susceptible. Elle

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