‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 130 sur 170 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

les chapeaux de Marguerite, les voilettes et les gants de Marguerite?

Madame Vrmièues. — Ah ça, Valentine... serais-tu jalouse de la sœur?

Valentine. — Ai-je des raisons d'être jalouse d'elle?

Madame Aruières, vivement. — Aucune Et je serais

désolée que te vilain sentiment fût entré en toi; mais il expliquerai! au moins ton étrange cor;duite.... Depuis un mois, tu as des façons d'agir singulières; à ton insu, je veux le croire, tu as beaucoup changé! Tu prends de l'humeur, tu deviens irritable. Au déjeuner, sur une simple observation qu'il te faisait, tu as répondu d'une façon incon^ecle, presque inconvenante, à ton père.

Valentine. — A mon père?

Madame Armiires. — Oui.

Valentine. — Mon père est monsieur Ronchon et non pas M. Armières.

Madame Armières. — Tu lui dois les mêmes égards, car il t'a mon:ré une bienveillance inlassable et une constante affeciion.

Valentine, avec une ironie que sa mère ne saisit pas. — Oh !

beaucoup d'affection ! Monsieur Armières m'a accueillie dans cette maison, il m'a fait une place aux côtés de sa fille.

Mad.^me Armières, un peu étonnée. — Ici, tu étais chez toi....

Valentine, même jeu. — Sans doute! Si ma présence lui avait déplu cependant? Il est le maître, n'est-ce pas? Et tu n'aurais pa« consenti à avoir une discussion avec lui à mon sujet. C'est encore à lui que je dois d'avoir reçu l'instruction très complète que l'on m'a donnée au convent... pendant douze ans; il a voulu que je fusse une jeune fille accomplie....

Madame Armières. — Eh bien?

Valentixe. — Mais... je lui en ai pivcisément la reconnaissance que je lui dois. Aussi m"ptais-je fait une loi de ne lui déplaire en rien J'ai reçu ses ordres avec soumission, écouté avec déférence ses observations et ses conseils.... Alors?... Qu'a-t-ilà me reprochei% ton mari?

ÎIada.ME Armières, piquée par cette phrase. — J'ai à te reprocher, moi, l'attitude que tu prends vis-à-vis de lui, de ta sœur, de moi-même, le ton dont tu me parles. A chaque instant, ce sont des mets aigres, des réparties blessantes. On dirait que quelqu'un l'excite contre nous. Cette situation ne peut pas durer.

Vale-ntixe, entre deux tons. — Elle va changer.

Madame Aismières. — Comment l'entenàs-tu? (Silcnce.y Hein?

Yalemoe, clierchant une explication. — Si... si la jalousie

me rend méchante comme tu crois, ma sœur partie, je redeviendrai ce que je fus, patiente et résignée.

Madame Armières. — Vraiment, on supposerait Es-tu

blessée dans ton amour-propre, parce que ta sœur cadette se marie la première? Mais d'abora, tu n'as pas envie de te marier.... Et il était à prévoir qu'on nous demanderait la main de Marguerite dès qu'elle aurait dix-sept ou dix-huit ans. Les relations de son père, la place qu'il tient dans notre société....

Valemlne. — Sans doute.... Comment ne soubaiterait-on pas devenir le gendre de M. Armières... personnage important, gros industriel, membre influent de la Chambre de Commerce, futur officier de la Légion d'honneur? Sa fille est un beau parti. Tandis que moi qui n'ai pas de famille....

Madame Armières. — Et moi?

Vale.ntkne. — Je ne porte même pas ton nom. le

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