ACTE PREMIER
m'appelle mademoiselle Rouchon. Et ce n'est pas llatteur d'épouser mademoiselle Rouchon dont le père n'a pas réussi et qui vit on ne sait où, on ne sait comment, avec son fds.... A'i! depuis votre divorce, tu as monté toi.... Lui, il a descendu....
Madame Armières. — Oh! je t'en prie, V^alentine....
Valexti-ne. — Je ne parle de ce divorce que pour montrer combien il rendrait mon mariage difficile si quelque jour....
Madame Armièri s. — Toi?... (Frappée d'une idée.) Mais ces sorties, ces visites?... Tu as vu, chez Madame Moiran ou ailleurs, quelqu'un?
Valentl^e, nettement. — Personne, maman.
Madame Armières. — Cette idée ne t'est pas venue tout d'un coup, sans raison?
VALEjiTLNE. — Commcntl j'ai vingt-quatre ans, et tu entends avec surprise que je songe au mariage? (La regardant.) Tu en éprouves de la contrariété?
Madame Armières, inquiète. — Non... mais tu ne m'avais rien dit jusqu'à ce jour... et il serait si blessant que tu eusses pris des engagements en dehors de moi!... Enfin ce n'est pas sérieusement que...? •
Valentine. — Pourquoi pas? (Mouvement de Mme Armières.)
Oh ! je n'ai pas de projet arrêté et rien ne sera fait sans ton consentement. Je désirais d'abord m'éclairer auprès de toi sur ma situation. Puisque l'occasion se présente, puisqu'une fois je peux te parler sans témoins, je te poserai une question... au sujet de ma dot.... Quelle est-elle?
Madame Armières, gênée. — Mais
Valentine. — Vous venez de doter Marguerite. C'est donc par une curiosité toute naturelle que je m'enquiers....
Madame Armières, troublée. — Tu dois... te douter... de ce que. . . je peux faire.
Valemine. — Oui, j'ai bien quelcjue idée... de ta fortune.... Et par exemple je sais que l'usine... (Insistant.) cette usine qu'on va vendre, t'appartient. Elle nous vient de notre grand-père Franchot. Même, mon père aida à sa prospérité, y fit des agrandissements, modifia heureusement l'outillage et la machinerie....
Madaaîe Armières. — Te voilà bien informée; D'où viennent tes renseignements? Madame Moiran te les aura fournis.... Mais ton amie se trompe... de très bonne foi sans doute! La direction de ton père ne fut pas si profitable à l'usine. Ce n'était pas un administrateur... prudent, ainsi qu'il a paru, quand, après notre séparation, il a voulu fonder une maison rivale.
Valestine. — Que mon père eut ou non les qualités d'un administrateur habile, je l'ignore... (Avec un peu de fierté.) Cependant, il a installé dans Tusine même des machines de son invention. 11 y a des trains réversibles qui pointent son nom.
Madame Armières. — Des trains réversibles? On t'a aussi donné des termes de métier? (Inquiète.) Ah ça... qui donc as-tu vu?
Valentl>e, se troublant. — C'est... c'est un journal... une revue... que j'ai trouvée ici... il y a quelques années
Madame Armières. — En eifet, ton père a travaillé à fpielques machines. Mais il n'était qu'un élève des Arts et Métiers. Henri, polytechnicien, a dû revoir les épures, refaire les plans... il... mais je suis bien bonne de te donner ces explications.
Vale:çtl>e. — Pievenons à la demande que je t'ai faite.
Madame Armières. — Inutile, je n'y répondrai pas.