‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 136 sur 170 · ACTE PREMIER Î · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER Î

Madame Armières. — Qu'on te présente celle traite?... Et après? Fais plutôt franchement connaître la situation à tes créanciers. Ils te pressent, persuadés que tu les régleras; certains de l'acculer à la faillite, ils deviendront accommodants. A qui dois-lu celte somme?

Armières, après une pause. — Tu veux savoir la vérité?

Madame Armières. — Je l'en supplie, Henri, parlemoi sans détours.

Armières. — Eh bien! je ne dois rien à des fournisseurs... mais j'ai néanmoins quatre-vingt-dix mille francs à payer dans trois jours.

Madame Armières. — Un billet?

Armières. — Non, pas de billet. Ne te réjouis pas.... Je ne suis pas en meilleure posture.

Madame Armières. — Enfin... de qui es-tu le débiteur?

Armières, après une pause. — Quand après celle fourniture de cartouches qui est restée impayée, je me suis trouvé sans le sou devant de grosses échéances, j'ai pensé tout d'abord à vendre la maison. Et, puisque nous devions en venir là, je n'aurais pas dû hésiter. Mais je ne pouvais me résoudre à vendre celte usine fondée par ton père, où j'ai travaillé depuis vingt ans et que j'avais faite si prospère. Kl puis il me semblait que je le dépouillais. Je craignais les reproches et surtout j'avais peur de tes larmes.... Enfin, ma chérie, je voulais le cacher la vérité pour l'épargner des heures d'angoisse pareilles à celles que je subissais... Ah! souvent j'ai eu des difficultés que je l'ai laissé ignorer. Cette fois encore je croyais.... Bief, dans l'espoir de me procurer secrètement la somme nécessaire, j'ai eu recours au seul moyen qu'il mêlait aisé d'employer.... J'ai spéculé....

Madame Armières. — Tu as joué, loi!!

236 LA MAISON DARGILE.

Arhières. — Oh! sans passion... car si j'étais joueur... depuis vingt ans... Tous mes collègues grands et petits spéculent sur leurs marchés et à la Bourse. J'ai perdu de l'argent, beaucoup d'argent.... J'ai payé ]es différences.... Ma fortune personnelle tout entière V a passé et je dois encore quatre-vingt-dix mille francs. L'agent du Stock Exchange (c'est à Londres que ces affaires-là se traitent) m'a reporté le mois dernier. 11 refuse de me reporter ce mois-ci. On paye ses dettes le 30, et nous voici au 28.

Madame AriMiÈRES, tombant assise et pleurant. — Olî!

Armières. — Des reproches seraient inutiles. Ce qui est fait est fait.

Madame Armières. — Je ne le reproche rien. Je pleure.

Armières. — Allons, j'aurais été plus sage en me taisant, car je te donne bien inutilement du tourment, m.a pauvre Marthe.

Madame Armières. — Non. J'aime mieux savoir où tu en es.... Nous trouverons ensemble le moyen de te sauver.

Armîères. — Ne nous leurrons pas d'espoirs enfantins, va!

Madame Armières. — Tu ne te doutes pas de la joie que j'aurais à te donner rnoi-même.... Mais, la dot de Mai'guerite versée, il ne me restera plus qu'une petite somme à laquelle je n'ai pas le droit de toucher.... Car, enfin, j'ai un fils el une autre fille... qui tantôt justement me parlait d'un projet.... Valentine aussi songe au mariage.

Armières, surpris. — Valentine!...

Ma!jame Armières. — Elle voit sa sœur fiancée.... Elle est plus âgée qu'elle... alors... tout naturellement.... Et je pense à sa dot.

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