ACTE DEUXIEME. 2(i
Je.vn. — N'est-ce pas vrai?
Madame Armikres. — Non, non, mille fois. Ah!... ce passé, on ose l'évoquer. Je laissais dans l'oubli ces jours mauvais avec leurs deuils et leurs misères, leurs pleurs, leurs scènes lamentables. Mais, si l'on lâche à me noircir aux yeux de ma fille, si l'on me charge de fautes qui ne sont pas les miennes, eh bien, je me justifierai, pour vous, pour elle, puisqu'on veut que nos enfants soient instruits de ces déchirements.
Jeam. — Vos enfants ont le droit de savoir aujourd'hui par qui fut créée une situation dont ils sont les victimes. Madame Armières. — J'expliquerai donc mon départ et mon divorce, réclamé pour me soustraire à de basses injures, pour échapper à des traitements révoltants. Jeax. — Oui.... Ce fut le prétexte invoqué. Madame Armières. — Puisqu'on rappelait ces heures douloureuses, on vous devait la vérité entière.
Jean. — Oh ! je n'ignore rien de ce qui s'est passé. ... Je sais qu'un jour, dans une discussion, il y eut un geste de violence involontaire... et dont on devait se repentir.... Madame Armières. — Ah!., on a avoué !
Jean. — Mais cette discussion qui n'était pas la première, on l'avait savamment provoquée afin d exaspérer un homme qu'on savait d'un naturel impatient. On comptait bien qu'il commettrait enfin quelque imprudence dont on tirerait avantage sur lui. (Madame Armiîn-es va répondre.) Si ce n'est VOUS qui fîtes ce calcul, c'est Mme Franchot, bourgeoise égoïste et vaniteuse, qui préparait pour vous un mariage plus brillant.
Madame Armières. — Vous parlez de votre grand'mère. Jea>-. — Oh! ma grand'mère... la famille... pour un fils de divorcés! On ne m'en a pas appris le respect! Madame Armières. — Ce n'est qu'en moi-même que Tome II. 12
j'ai trouvé la force et la résolution de me libérer d"un joug imposé par mon père. Puisqu'on m'y contraint, je le dis et je le dis bien haut, oui, jai voulu m'évader d'un ménage troublé par le désaccord constant de caractères opposés que des hemis quotidiens mettaient aux prises. Jai voulu refaire ma vie, prendre un époux démon choix, avoii' cette part de bonheur à laquelle toute créature humaine a cboit.
Jean. — Mais votre bonheur, c'est nous qui en avons payé les frais.
Valemi.ne. — Ce que nous sommes devenus, depuis ton second mariage, tu le vois.
Jean. — Petit-fds de M. Franchot, me voici un ouvrier aux mains calleuses, élre incomplet et gauche, d'instruction sommaire, et qui resterai étranger, inférieur au monde qui eût été le mien.
Yalentlne. — Tu fus heureuse et cela te suffit. Mais tu as fait trop bon marché de ton fds et de ta fille.
Jean. — Vous avez refait votre destinée, mais la nôtre?
Madame Armîères. — Je ne réponds plus sur le passé. Suis-je devant des juges?
Jean. —Je ne vous juge pas, et c'est tant mieux pour vous.
Valentine. — Autrefois, tu n'as consulté que ton seul intérêt. Et je ne me laisserais pas guider par le mien aujourd'hui? Tu me demandes d'être plus généreuse que toi, d'avoir une abnégation que tu n'as pas eue, de me sacrifier à ma sœur quand tu ne t'es pas sacrifiée à nous... Pourquoi?
Madame Armîères. — Ainsi, tu refuses?
Valbxtoe. — Oh!., oui... oui... certes!
Jean. — Nous refusons de nous laisser dépouiller.
Madame Armîères. — Vous voyez mon affreuse position entre vous quatre.