‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 158 sur 170 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

contrainte de repousser cette offre, puisque Jacquier, le direcieur des Aciéries de l'Ouest, était prêt à la payer huit cent mille. Là-dessus, une discussion très vive — et où Valentine et moi avons pris part — s'est engagée. Enfin, Jean a quitté la maison avec sa sœiir, en proférant certaines menaces.

Ternand. — Je ne vois pas ce que MM. Rouchon père et fils?...

AuMiÈiiEs. — C'est que tu ne connais pas encore l'état de mes affaires, etma vraie position... qui est très difficile 1

Teunând. surpris, — Qu'est-ce que?...

Arjiières. — Même... à toi, je peux dire la vérité. Elle est désespérée I 11 serait trop long de t'expliquer comment cela s'est fait et le temps presse. Sache seulement que j'ai de grosses échéances et qu'il me faut, tu entends bien, il me faut les huit cent mille francs que Jacquier allait nous verser. M. Rouchon n'ignore j)as mes einbairas d'argent, puisque Marthe a eu la faiblesse de les lui révéler, et il prétend avertir le directeur des Aciéries pour qu'il réduise ses offres. Alors nous serions obligés d'accepter celle des Rouchon.

Ternaxd. — Di.jblel

Armièues, avec coJore. — Raisonnement absurde et vengeance stérile, car maintenant, tu t'en doutes, à prix^ égal j'aimerais mieux.... Pourtant, il est préférable de déjouer la manœuvre. Je trouverais humiliante toute démarche personnelle auprès de Jacquier. Mais tu le connais, il est ton ami. Obtiens de lui qu'il ne icvienne pas sur sa décision première.

Tërnand. — Je suis à ta disposition... (Hésitant.) Cependant... Jacquior... Peut-être.... Enfin, en cas de besoin, où prendrais-tu la différence?

Armières, après une pnuse. — Ma mère est auprès de ma

femme qui déjà m'a fait des avances de fonds importantes.... S'il le faut... si l'on m'y contraint, c'est elle.... (Il s'arrête, puis arec colère.) Admire l'étrange posture où l'on me met : ou je ruinerai Marthe, ou je serai déclaré en faillite et verrai, par surcroît, le mariage de ma fille rompu parce qu'il a plu au fils de M. Ronchon de venir réclamer ici des droits imaginaires.

Ternand. — Imaginaires?... L'usine....

Armières. — Elle appartient à Marthe.

Ternàjsd. — Qui est sa mère.

Armières. — Qui est ma femme! Je comprends les incertitudes de Marthe, son irrésolution, ses angoisses; il est affreux de penser qu'elle est réduite à déshériter l'un ou l'autre de ses enfants? Pourtant, il faut prendre un parti. Va-t-elle rompre le mariage de Marguerite?

Je ne l'admettrai pas! (Sur un mouvement de Ternand.) Enfin,

tu ne me demanderas pas de faire passer les intérêts de Jean avant ceux de ma fille?

Te[i-\a>d. — Cependant, la première famille de Mme Armières....

Armières, avec un peu de colère. — Alors, tu admets qu'un étranger, car enfin, Jean n'est qu'un étranger pour moi, puisse pénétrer ainsi dans mon ménage et le houleverser? Tu admets que ma femme ait en dehors et au-dessus de moi d'autres préoccupations et des affections plus impérieuses? Elle m'appartiendrait moins complètement à cause de son premier mari et de ses enfants?

Ternand. — Tu défends ta famille et tu as raison, mais la première famille de ta femme est intéressante aussi, car tu n'as pu fonder ton foyer que sur ses ruines. Et... La porte s'ouvre.

Armières. — Chut! ma mère! (il va à Madame Armières mère.) Eh hien ?

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