ACTE TROISIÈME
Madame Armières, la prenant dans ses bras. — Valenlilie !...
Ma fille I... Ma petite!
ValeiNtike. — Maman, ne pleure pasi... Je veux te rassurer tout de suite!... Je viens de voir mon père et Jean.... La démarche dont il avait parlé, il ne la fera pas.
Madame Armières. — Ah!
Valenti.ne. — J'ai obtenu de lui qu'il renonçât à voir monsieur Jacquier. El d'ailleurs, je ne veux pas paraître exercer sur toi une basse \ engeance, car quoi qu'il y ait eu entre nous dans le passé, quoi que j'aie pu dire dans un moment d'emportement, je garde pour toi, je le jure, les sentiments d'une fille aimante.
Madame Armières. — C'est bien vrai? ,
Valentlne. — Oui, maman !
Madame Armières. — Ma Valentine. . . . Je te retrouve —
Valemine. — Cela, j'ai voulu te l'avoir affirmé avant de te dire la décision que j'ai prise, hélas! que j'ai dû prendre !
Madame Armières. — Quelle décision?
Vale.mise. — Une décision que les circonstances m'imposent.... Je vais partir.
Madame Armières. — Partir?
Valentine. — Oui. Je vais quitter celte maison.
Madame Armières. — Toi? Où irais-tu? Chez qui?
Valemine. — Chez mon père.
Madame Armières. — Non, Valentine, non. Ce dépnrt, cette fuite m'infligerait une douleur mille fois plus cruelle que tes reproches de tantôt et ta colère. Tu ne me quitteras pas pour aller vivre avec eux . . . où d'ailleurs ?. . .
Valemine. — A Paris, en Tunisie, où ils iront.
Madame Armières. — Que ferais-tu?
Valentine. — Ce qu'il faut que je fasse à présent, ce que je suis obligée de faire : je travaillerai.
Madame Armières. — Travailler? Est-ce que tu peux? Est-ce que tu sais?... Est-ce que je souffrirais que ma fille?...
Valenti.ne. — Mais maman, il le faut!... monsieur Armières est ruiné. Mon père n'a aucune fortune. Celle de mon grand-père a été... employée. Le peu d'argent qui te reste, tu eu as besoin pour t^^i-raème.... Ah ! si j'avais l'espoir de me marier quelque jour.... Peutêtre.... Mais on n'a pas demandé ma main quand on me croyait riche, la demandera-t-on quand on me saura pauvre? Tu ne le penses pas. Alors? Qu'est-ce que je ferais? Hue deviendra is-je, si tu venais à me manquer? Je me réveillerais un jour, plus âgée, seule, sans ressources, inhabile à gagner ma vie, réduite à solliciter des secours.... Oh! maman, songes-y.... Ce serait affreux!... (Elle continae, très émue.) Jean s'est créé des relations nombreuses, cet hiver à Paris. 11 compte m'obtenir une place, un emploi... oui.... Je sais bien.... Je pouvais espérer une autre vie... mais je serai forte.... Je veux l'èLi'e.... Il y a tant d'autres pauvres filles, comme moi, qui rêvaient d'une autre existence, obligées, comme je le serai, pour gagner leur vie... de.... (Fondant en larmes.; Ah 1 .. . maman... maman... qu'est-ce que tu as fait!...
Mabame Armières. — Yalentine, non, ce n'est pas possible.... Quelles inquiétudes et quels remords n'auraisje pas si je te savais astreinte à quelque besogne mercenaire?... Enfin, tu n'as pas pris une irrévocable décision? Tu ne partiras pas encore? (Silence.) N'est-ce pas? (NoaTcau silence.) Quand? Dans trois mois.... Dans quelques semaines?... Plus tôt.... Tout de suite?...
Yalelntine, ayec un geste qui désigne la porte. — Il est là. Madame Armières. — Qui? Tou père? {Valeniine fait un