ACTE TROISIÈME. 2S
ceux qui sont venui te tourmenter pour avoir de l'argent .
Valf.mine. — xMargneritc I
Madame Armières. — Qu'est-ce que tu as médité?
Marguerite. — Dans ses préoccupations, papa n'a songé qu'à moi seule, à mon bonheur qu'il ne fallait pas compromettre. Mais je serais une fille bien méprisable, sachant ce que je sais, d'accepter de vous un don qui vous appauvrirait davantage. Comment vivrais-je
heureuse, si j'étais la fdle d'un failli (Regardant Valentine.)
ou si quelqu'un pouvait prétendre avoir été dépouillé par papa?
Madame Armières. — Et tu as supposé un instant que nous accepterions....
Marguerite, avec émotion. — Ne me force pas à discuter. Ne m'enlève pas mon courage.... Il m'en faut.... Mais, à mon tour, je ne veux songer qu'à mon père et aux dangers qu'il court.
Madasie Armières. — Les dangers?
Marguerite. — N'est-on pas venu le menacer jusque chez lui pour l'obliger à vendre son usine?
Valextlne. — On ne s'est présenté que sur l'invitation de notre mère, Marguerite, et aucune menace n'eût été faite, si M. Ai'mières n'avait rejeté les propositions qu'on apportait.
Margdl'rtte. — Propositions avantageuses pour M. Ronchon !
Valentlne. — On était fondé à les croire acceptables.
Marguerite. — M. Ronchon aurait-il donc dos droits ici?
Vale-iti^e. — Égaux à ceux de M. Armières.
Madame Armières. — Mes enfants. (Elle se place di^vani la porte de la chambre où est Armières.) Silence!
La scène continue à voix Iwssc.
Yale:^tlne. — Mais puisque tu as entendu notre con-
282 LA MAISO^î D'ARGILE.
versation, tu sais aussi que mon père et Jean et moimême avons fait l'abandon de nos droits en faveur de M. Arraières.
Marguerite. — Oui. Tu l'as dit d'abord. D'ailleurs, si ton abnégation était sincère, sache que nous ne voulons rien tenir de ta pitié. Il nous plaît d'être quittes envers vous. Va retrouverai. Bouchon et Jean, va. Et tranquillise-les. Ce qu'on leur doit on le payera. Pour les désintéresser, j'ai ma dot.
Yale.ntlne. — Ni mon père, ni Jean ne sauraient devenir tes obligés.
Marguerite. — Ah ! ta famille, je prévoyais que nous serions malheureux par elle.
Yalestlne. — Et n'avons-nous pas assez souffert par la tienne?
Madame Armières. — Valentine !
Marguerite. — Par la mienne?...
Valextike. — Oui ! nous étions riches, nous pouvions vivre heureux.... Mais ton père s'est présenté et il a chassé le mien et mon frère. Et il nous a tout pris, notre bonheur, nos biens, cette usine même, qui nous appartenait, où il s'est installé en maître et qu'il a conduite à la faillite.
Madame Armières. — Ah! taisez-vous! par pitié, taisez-vous.... Que je ne vois pas mes filles se déchirer
sous mes yeux (Avec une exaltation croissante.) Tous CeUX
qui m'approchent doivent-ils donc se haïr et ferais-je de tous les miens des ennemis?... Car c'est moi, malheureuse, qui vous ai désunis, qui vous arme les uns contre les autres, mon fils contre moi-même, mon mari contre mon fils, la sœur contre la sœur. Et c'est à cause de moi, (à Marguerite; que tu renoncerais au mariage, (à Yalenline) que tu serais réduite à travailler pour vivre, que