‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 20 sur 170 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Klobb. — Mission scientifique pour mettre le public en confiance. Le peuple fait crédit aux savants.

Yernières. — Et les mensualités versées aux journaux? Tenez, j'attire votre attention sur ce point. Voilà une économie à réaliser. N'est-il pas temps, en eiïet, de les supprimer?

Carrier. — Ah! ne touchez pas à la presse.

Vernières. — Parbleu ! Vous êtes directeur de journal î

Le Baro?(. — Par notre budget de publicité, nous soutenons certains journaux dévoués à... certains personnages, que nous mettons ainsi dans la stricte obligation de compter avec nous.

Carrier. — Loin de réduire ces dépenses, il faut les augmenter puisqu'on nous attaque. Ce mois-ci, ce sont des articles, de véritables articles, étudiés, documentés, que nous ferons insérer, en bonne place. Ils acquerront ainsi l'autorité de la feuille qui les publiera, qui aura l'air de les publier spontanément.

Vermères. — Et vous croyez que des journaux sérieux, importants, accepteront?

Carrier. — Ceux-là surtout. Comment vivraient-ils sans la publicité?

V'ermères. — Ils peuvent la choisir. On refusera vos articles.

Le Baron. — Non, On les fera payer plus cher.

Klobb. — Toutes nos dépenses se justifient, vous voyez.

Vermères. — Elles se justifient peut-être. Je ne trouve pas moins surprenant qu'un an après la fondation de la Société, ayant emprunté quatre-vingts millions, nous en eussions dépensé soixante-dix-neuf, sans avoir construit un kilomètre de voie.

Klobb. — Il n'v a là rien d'anormal.

Ghauvelot. — Qu'auriez-vous dit, grand Dieu, si vous aviez été à la Coulebra, où, avant que le premier ouvrier ait donné le premier coup de pioche, nous avions déboursé....

Yeemères. — Ah! mon bon ami, je vous en prie, ne parlez pas toujours de cette affaire. Ce n'est pas un exemple à citer, une entreprise sombrant dans une si colossale faillite qu'elle a été comme un désastre national.

Chaltelot, piqué. — Un désastre national, peut-être.... 3Îais vous saurez, en tout cas, que nous avons si habilement manœuvré au Conseil qu'aucune poursuite n'a pu être dirigée contre nous. La Coulebra est une véritable école pour tous les administrateurs soucieux de mettre leur responsabilité à l'abri.

Vernières. — Nous mettrons la nôtre plus certainement encore à l'abri en ne présentant pas un pareil rapport. (On protesîe.) Oh! c'est bien simple, messieurs — Si vous croyez à la possibilité, à la nécessité d'y énoncer toutes ces assertions aventureuses... voici mes notes. Bâtissez le rapport, présentez-le, je m'en lave les mains. Et, pour vous laisser plus de liberté, je vous

offrirai ma démission J'ai un prétexte tout trouvé....

Je suis malade.

Sensation.

Carrier. — Ah! le grand mot est lâché.

Le Baron. — Vous ne parlez pas sérieusement! Nous abandonner en pleine bataille! Quand nous sommes attaqués de toutes parts! Que dirait-on, que ferait-on si vous vous retû"iez, vous, Vernières, qui êtes précisément l'homme en qui nos petits porteurs ont le plus confiance? Votre retraite serait une trahison envers eux.

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