ACTE DEUXIÈME
Bourse. — Dans mon affaire des chutes da Niger....
Entre d'Angcrville.
Le Baron. — Brianne vient de me téléphoner. Qu'y a-t-il?
D'Angerville. — Une dépèche est arrivée à la Bourse. Des tribus, conduites par Negou-Abdou, auraient, il y a deux jours, détruit un viaduc, arraché des rails, attaqué et blessé de nombreux ouvriers.
Le Baron. — A quel endroit?
D'A.NGERviLLE. — Bcui-Abbès.
Le Baron. — Près de la frontière d'Algérie !
Klobb. — Croyez-vous?
Le Baron. — Mon fils, avec son détachement, est dans l'oasis d'Areg, voisine de Beni-Abbès.
Chauvelot. — D'où vient la dépêche?
D'Angerville. — De Londres,
Chauvelot. — La nouvelle est fausse.
D'Angerville. — Non ; l'agence Stourn la confirme.
Vernières. — Qu'est-ce que je vous disais?
Carrier. — Et Lelierre ne télégraphie pas !
Chaltelot. — Il est à trois cents kilomètres du premier poste télégraphique.
Le baron s'assied et écrit.
Klôbb. — Si la nouvelle est vraie, ce sont nos concurrenls anglais et allemands qui fomentent ces troubles.
Carrier. — C'est d'Urth.
Vernières, incrédule. — Allons donc !
Cariuer. — C'est d'Urth, qui, vous le savez, a des représentants à lui en Mauritanie. D'ailleurs, depuis une semaine, il prédit cette attaque dans son journal. Comment la pourrait-il connaître?
Klobb. — Excités par des malfaiteurs, ou enflammés
48 LES VENTRES DOUES.
par les prédications de Négou-Abdou, si des énergumènes viennent démolir nos travaux, l'oeuvre est frappée à mort.
Ca.rriër. — Nous sommes fichus.
Klobb. — A tout hasard, nions l'événement.
D'Akgerville. — ■ Avant que nos porteurs de titres aient pris peur.
Carrier. — Les baissiers nous guettent. A la Bourse de demain, ils nous étrangleraient.
Ghaltelot. — Nous nous défendrons. On soutiendrait les cours, au besoin.
Vermères. ■ — Comment?
Chaits'elot. — En rachetant nos actions.
Vernières. — • Tripoter avec l'argent de la Compagnie?
Klobb. — Ça se fait régulièrement.
Chauvelot. — Un jour ou l'autre nous serons obligés d'en venir là. Tenez, à la Société des mines du....
Vermères. — Ça ne serait pas possible, voyons.
Chauvelot. — On nous y forcera. Rappelez-vous ce que je vous dis aujourd'hui.
Vermères. — Nous n'allons pas risquer à la Bourse l'argent de nos actionnaires.
Carrier. — Mais, sacrebleu ! toutes les mesures efficaces qu'on propose sont repoussées par vous.
Tous. — ■ Vous nous liez les bras. — Vous êtes trop timoré. — Écoutez bien ce que je vais vous dire.... — Quelle est votre intention? — Si nous courions aux informations? — Nous allons peut-être recevoir une dépêche d'El Goléa.
Le Baron. — Messieurs, écoulez-moi... du calme... Une discussion désordonnée ne mènerait à rien.... Parlons avec méthode et clarté. (On se tait, il s'adosse à lâche-