ACTE DEUXIEME
nement va mettre son argent à votre service, ses soldats à vos ordres ?
Carrier. — N'est-ce pas son devoir?
Le Baron. — Estrcc que l'Angleterre ne protège pas partout et toujours, ses nationaux, ses marchands, les grandes entreprises de ses grands financiers? Quand nous dépensons les millions qu'on nous a confiés, à pleines mains, sans compter, pour étendre l'influence de la France en Mauritanie, la France ne peut-elle, dans une passe difficile, nous prêter une aide nécessaire?
Vernières. — Mon Dieu... peut-être.... Je ne demanderais pas mieux... mais comment voulez-vous obtenir?...
Chauvelot. — Oh! l'enfance de l'art!... J'ai déjà opéré dans de semblables occasions. Il faut mettre en mouvement nos prêteurs, organiser à Paris des réunions bruyantes, des meetings, établir en province un vaste système de pétitionnement. Il faut que Yeurettes entreprenne une nouvelle tournée de conférences. Son titre, sa situation officielle, imposent au public, aux gens simples, à nos souscripteurs. Mais ce n'est pas eux seulement qui doivent réclamer une intervention de nos troupes en Mauritanie, c'est la France entière qu'il faut intéresser à notre cause. Il suffit de lui parler d'humanité, de civilisation, de progrès, de montrer qu'il y a là-bas une grande tâche à accomplir dont elle aura l'honneur et dont le bénéfice est pour l'humanité. Ces beaux mots émeuvent toujours cet admirable peuple si généreux, si noble.
Klobb. — Assurons-nous encore le concours de la haute banque, des grands financiers.
Carrier. — 11 faut aussi que la presse donne tout entière et pour qu'elle donne.,..
'oH LES VEÎ^TRES DORES.
D'A.\GERviLLE. — Il faut qu elle reçoive.
Yermères. — Et vous croyez que vos petites manoauvres vont impressionner le gouvernement?
CHAi'VELOT. — jSous soutcuons dcs journaux qui le soutiennent. Ces journaux comptent avec nous, et le gouvernement compte avec eux.
Vesmères. — Il y a toute une opposition nombreuse, forte, dont l'opinion a du poids.
Le Baron, mettant la main sur l'épaule de Veruiéres. —
Grimblot aussi est de nos amis.
Carrier, à Yernières avec un clignement d'oeil. — Et VOUS...
qui refusiez... hein?
Yernièbes. — Mais enfin... les députés?
Le B\ro-\. — Les élections ont lieu dans quelques mois. Xous avons ti'ois cent mille actionnaires ou obligataires. Chacun d'eux est un électeur. Voulez-vous que les députés les mé<ionlentent?
YKi?yiLREs. — Voyons... voyons..,. Est-ce que nous parlons sérieusement ? Quel homme raisonnable croira jamais qu'une société financière puisse jeter un grand pays dans une aventure pareille? C'est de la fantaisie 1 c'est du roman!
Le Baron. — C'est de l'histoire, l'histoire des grandes expéditions modernes. On se battait autrefois pour des questions d'honneur, on se bat aujourd'hui pour des questions d'argent. Nous ne sommes plus d«s barbares.
Yernières va parler, Cliauvelot lui coupe la parole.
Chauvelot. — Mais puisqu'on vous dit que dans dix occasions, déjà... ici et ailleurs... puisque moi, moi qui vous parle... j'ai.... Tenez, vous me feriez dire des choses que je ne veux pas dire.
Le Baro.x. — Le gouvernement nous doit sou appui.