ACTE DEUXIÈME
Klobb. — Insulté le drapeau 1
Carrier. — La France peut-elle supporter cet outrage?
LeDaron. — Non, ou c'en est faii de sa gloire. A la Chambre, courez à la Chambre, Klobb, montrez la dépèche à Mouchon. Il faut qu'il interpelle. Aux journaux, Carrier, les journaux du soir.... Vite des notes.
Verkières. — Attendons, rien n'est moins sur.
Le Baro-^. — Ce n'est pas sûr.... Mon fils... mon cher Georges blessé.... Ce n'est pas sûr.... Et ils ont passé la frontière !
Vermères. — Au désert, les frontières sont incertaines.
Le Baron. — C'est un motif pour qu'on s'en tienne loin. Est-ce à nous d'excuser ces pirates?... Nous cherchions un prétexte pour appeler la France en Mauritanie. Ils nous donnent une raison. Exploitons-la. Grossissons cet incident. Menons dans la presse, dans l'opinion, une campagne telle....
YER-NTÈitEs. — Mais, sapristi!! ce qui peut en résulter, le savez-vous?
Le Baron. — Loin de m'en alarmer, je souhaiterais pour la France qu'on la menât... où vous croyez. Comment, voilà un pays admirable, fertile, dont le soi est gonflé de richesses, qui est à nos frontières, à nos portes, sur lequel nous avons des droits... géographiques ; on a la fortune singulière de pouvoir mettre la main dessus et l'on balancerait?... Mais la tâche devant laquelle nous reculons, d'autres nations l'accompliraient joyeusement demain, même s'il faut y sacrifier un peu d'argent et quelques vies humaines I L'avenir appartient non pas aux races pacifiques, avarc^ et lâches, mais aux races aventureuses et conquérantes.
o8 LES VENTRES DORES.
C'est dans le sang qu'on bâtit les empires, c 'est par le •sang qu'on les cimente. Et nous ne serons pas scélérats, refaisant en Mauritanie, ce que l'Europe entière, le Nouveau-Monde et nous-mêmes faisons depuis un demisiècle sur tous les points du globe, au nord, au sud, à l'est de l'Afrique, dans le Pacifique, en Orient: Les bons Français penseront comme moi. Eux et nous devons nous féliciter de cette attaque. Et je n'ai plus qu'une crainte. Si l'on nous avait donné une fausse joie, si ce combat n'avait pas eulieu.... (Montrant la dépêche.) Si.... (Il s arrête. A Vernières.) Vite, mon ami, votre chapeau.... Au ministère de la guerre, ils doivent être renseignés. Nous autres, nous allons opérer ailleurs.... Ce soir à neuf heures, ici, tous.... Vous Klobb,à la Chambre, n'estce pas?... Carrier, aux journaux.... Chauvelot chez Veurettes. 11 faut qu'il marche d'un article.... (Vernières sort, à d'Angerviiie.) Nous deux, eu voilure.... Filons chez tous les membres du conseil pour les aviser de la réunion de ce soir.... (A Carrier et àKlobb.) Ne ménagez pas les promesses.... On payera ce qu'il faudra. (Prenant son chapeau.) C'est égal, si c'est d'Urth qui a manigancé le coup de la révolte, il ne s'attendait pas à ce choc en
retour.... Allons, au travail.... ; Frappant sur le coffre-fort).
Et ouvrons les écluses!
RIDEAU