ACTE TROISIÈME
Le I)aro>', — Pendant la séance? Impossible. Mais Salomon, le coulissier, aura la communication téléphonique vers deux heures ; d'ailleurs, il ne se passera rien, là-bas, avant, puisque, suivant nos instructions, Brianne ne doit donnei* son coup de massue qu'au beau milieu de la séance.
D'Angkrville. — N'aurait-il pas mieux valu le donner dès le début?
Chauvelot. — Oh ! non ! non !
D'An'gerville. — Et vous êtes sûr que le relèvement des cours à Bruxelles amènera le relèvement des cours à Paris ?
Le Baron. — Les marchés financiers se tiennent et s'influencent réciproquement.
D'AngervillE, inquiel. — Ah!
Chauvelot. — Tenez, quand il y a vingt ans nous nous sommes mis d'accord pour tuer le Crédit Général, nous avons vendu à Lyon et à Bruxelles. A une heure, les actions du Crédit Général cotaient dix-sept cents francs à Paris, à une heure et demie on apprenait que Lyon et Bruxelles vendaient. A deux heures, le Crédit était à mille francs. A trois, il expirait. Ah ! la bataille avait été bien menée. Je m'en vante. Aujourd'hui nous faisons l'opération inverse. On peut avoir confiance en moi.
LoLN, entrant. — Messieurs, il faudrait ouvrir les portes du grand hall.
D'Angerville. — Pourquoi?
Léon. — Les salons sont pleins. On frappe du dehors {> coups redoublés. Les uns disent que le commissaire a mis les scellés, un autre qui vient de la Bourse affirme que la Compagnie est en faillite.
Chauvelot. — L'imbécile !
04 LES YËNTKES mM.S.
Le Babqn. — Les employés sont à leui' posie ?
Lé»s. — Oui, monsieur le baron.
Le Baaon. — Tous?
Léok. — Oui, monsieur le baron, tous.
Le Barû». — Eh bien, ouvrez les portes.
Léon sort.
D'AsGEPxYiLLE. — Si l'on dit que la Compagnie est en faillite c'est que les cours doivent s'effondrer.
Chauvelot. — Non, cela ne signifie rien. Ne vous alarmez pas.
Klobb entre par la petite porle.
Chauvtlot. — Comment î vous ! Vous n'allez pas à l). Chambre ?
Klobb. — Si, mais j'ai déjeuné chez Champeaux. A une table voisine étaient de? remisiers, des coulissiers qui partaient pour la Bourse et parlaient de la séance d'aujourd'hui. Elle sera chaude. On prépare un coup.... Je ne sais pas quoi... j'ai mal entendu.... J'ai voulu vous aviser.
Le BiROx. — Si la baisse devient trop forte. Carrier qui est là-bas Tiendra nous avertir ei nous ferons donner la garde.
Klobb. — = Les achats à Paris?
Le Baron. — Les achats à Paris.
D'Angermi.le. — D'autres millions!
Le Baron. — Sacrifices nécessaires.
D'Angerviile. — Ah! sans ce Négou-Abdou 1
Chauvelot. — Les baissiers auraient inventé autre
chose. Nous aurions été obligés déjouer quand même.
Dans toutes tes grandes entreprises financières et indus-
triellt^, il faut en venir là un jour. Notre heui'e est
arrivée.
Bruit en coalisse.
Klobb. — Qu'est-ce que c'est?