ACTE TROISIÈME
Le Baron, regardant Ycrnières. — Eh bien, VOUS allez en avoir. Klobb, Chauvelot, aurez-vous la complaisance de donner les signatures à Chavard? D'Angerville, passez donc aussi dans le cabinet du caissier pour téléphoner à Salomon. Il vous dira les cours delà Bourse. (A Chavard qui sort avec les administrateurs.) Et payez Ouvertement, Ostensiblement, en louis....
LE BARON, VERNIÈRES, Robert VERNIÈRES
Le Baron, à Yemières. — Je les éloigne, car ils ne savent rien encore. Je n'ai rien dit de peur de les alarmer. Maintenant, je peux parler, n'est-ce pas? (A Robert.) Vous avez consenti des avances à Fourchot, notre entrepreneur, et vous êtes inquiet du sort de la Nouvelle-Afrique qui doit payer ses traites? Eh bien, la Compagnie va disparaître ce soir.
Robert. — Ah ! mon Dieu!
Le Baron. — Tuée par votre frère. (A Yemières.) Par vous. Comment I hier, ici, en conseil, après quelles discussions, nous voyant perdus, nous prenons une résolution désespérée, mais dont notre salut dépend ! Et vous, ensuite.... Qu'est-ce qui s'est passé dans votre cervelle? Pourquoi cette volte-face, cette reculade?
Robert. — Mais enfin qu'y a-t-il?
Le Baron. — Il y a que pour arrêter la baisse, pour empêcher la dépréciation de nos titres qui tomberaient à vil prix, nous avons décidé de racheter tous ceux qu'on vend : nous avons convenu de faire ces achats aujourd'hui, à la Bourse de Bruxelles d'abord, puis d'autres achats à la Bourse de Paris, si ces nouveaux achats sont nécessaires ; il y a qu'un administrateui'.
Brianne, est parti hier au soir avec nos instrucdons ; il y a que votre frère, pris, cette nuit, de je ne sais quelle folie, s'est mis en tête de faire éch^c à la Tolonté da Conseil, qu'il a télégraphié pour réN'oquer nos ordres. Un coup de poignard dans le dos. Voilà ce qu'il y a. »' Robert, à Vemières. — Est-ce vrai?
Verrières. — Oui, c'est vrai. Je vous ai avisé, ce matin, par un mot.
Le Baro-n. — Que j'ai trouvé en revenant du minislère, avec une dépêche affolée de Brianne. Comment avezvous pu?... Comment avez-vous osé? Quand tous nos collègues sont confiants, pleins d'espoh*... vous... vous... G'e.4 une trahison... c'est mie félonie.
Ver MÈRES. — Hé!... mon cher... à la ^.ni..,. Le Conseil? Quelles décisions a-t-il prises? Quels ordres a-t-il donnés? Aucune. Aucun.... Voici les procèsverbaux de nos séances. Compulsez-les. Cherchez la délibération dont vous parlez. Montrez-la moi!
Le Ba.ron. — Parbleu! Vous savez bien....
Ver5ières. — Qu'aucune trace ne doit rester de cette opération. Nous ne pouvons pas l'avouer. On doit l'exécuter en cachette, dans l'ombre, à l'étranger ou à Pai'is, par l'intermédiaire de je ne sais quelle louche maison de coulisse et sous le couvert d'un syndicat fictif. Elle est coupable, criminelle. Nous risquons l'argent de nos actionnaires dans un coup de Bourse. Nous jouons enfin, oui, nous jouons au risque de les ruiner. Et l'on s'étonne que je ne me prête pas à la manœuvre.
Le Baron. — Pourquoi l'avez-vous autoi'isée?
Vermères. — A cause des canailleries de nos adver^ saires et de votre insistance à tous, hier: mais... j'ai réfléchi celte nuit.
Le Blro.n. — On ne revient pas sur une décision prise