ACTE TBOISIEME
en Conseil. La plupart des administrateurs qui assistaient à la séance, sont absents. Avez-vous le droit de modifier la déliJjération sans eux? Non.
Vernuères. — Aussi, u'ai-je pas donné un ordi'e définitif. J'ai voulu vous avertir d"abord et nos collègues. J'ai commandé qu'on attendît des instructions nouvelles.
Le Baron. — Alors, envoyez-les à l'instant, il en est temps encore, mais non dans un quart-d'h^eure. C'est comme un souifle de tempête qui, hier, a passé sur la Bourse. Ébranlée, la Nouvelle-Afrique a entraîné d'autres valeurs dans sa chute. Tantôt, des banques sauteront, vingt maisons vont crouler. Nous subirons à notre tour, si nous n'agissons pas, l'effet de ces désasti^es. Et déjà la lutte est engagée. Les cours fléchissent. Qu'ils baissent encore, et la banque anglo-belge elle-même qui nous a soutenus jusqu'ici, jette à la vente son paquet de la N<Hivelle-Afrique. Ça nous achève.
Ver-nlères. — Leurs trente mille titres 7
RoDERT. — Aujourd'hui?
Le Baron. — J'en suis avisé par Brianno. lis les garderont s'ils trouvent un intérêt immédiat dans une hausse. Amenons cette hausse.
Robert. — Tu ne soupçomiais pas ce danger. Tu le connais, maintenant, tu vas....
VEiiNiÈREs. — Non ! Non ! La baisse s'arrêtera fatalement.
Robert. — Mais comment? Pourquoi?
Verrières. — Nos titres ont une valeur en eux-mêmes, ils représentent un contrat, des terrains, des travaux faits, des dividendes futurs.
Le B\ro.\. — Mais, comprenez-le donc! La Nouvelle- Afrique n'est plus une valeur industrielle. C'est une valeur de spéculation. Les haussiers, les baissiers se
battent sur notre dos. D'Urtli, son groupe, des milliers d'individus jouent contre nous et gagneront d'autant plus que nous baisserons davantage.
Verxières. — C'est abominable.
Le Baron. — Nous n'y pouvons rien. Si la baisse ne nous tuait pas, elle tuerait notre crédit.
Robert. — Impossibilité d'émettre un nouvel emprunt, de faire face à vos prochaines échéances 1
Le Baron. — La faillite!... La voulez-vous?... Non î Eh bien! ne délibérons plus. C'est une bataille de pièces d'or. Jetons-en sur nos adversaires, jetons pendant deux jours, continûment, de l'or. La Compagnie seule peut donner l'effort nécessaire pour maintenir les cours jusqu'après le vote de la Chambre.
Vernières. — Yous êtes si siirde ce vote, il n'y a qu'à l'attendre !
Le Baron. — Est-ce que la Chambre s'occuperait d'une compagnie mourante dont les actions vaudraient cent francs? A quoi bon intervenir s'il n'y a plus d'intérêts à protéger? Il faut maintenir les cours, vous dis-je, les maintenir pendant deux jours, deux jours encore, en rachetant nos actions. Nous y sommes contraints ; c'est la nécessité. La mesure est dangereuse, illégale, si vous voulez, mais il faut la prendre ou périr.
Robert. — Maurice, je comprends tes hésitations, tes scrupules. Mais tu ne mets pas de l'argent dans ta poche. Tu n'agis pas par intérêt personnel, mais pour sauver la Nouvelle-Afrique. Jamais vous n'avez joué, et vous ne jouerez plus.
Le Baron. — La situation est exceptionnelle. Et si nous commettons un acte blâmable, rassurez- vous, tous les directeurs de banque, tous les administrateurs de sociétés dont les titres ont baissé avec les nôtres, le