ACTE PREMIER
D'Angervîli.e. — Ignorante! Française! La Mauritanie est une contrée de l'Afrique à peu près grande comme la France et qui sépare l'Algérie du Maroc.
Pauline. — Ah ! c'est le pays?...
D'Angerville. — Tout juste. Le pays que va transformer la Nouvelle-Afrique ; le pays qui nous enrichira quand seront terminés les travaux dont l'empereur nous a donné le monopole dans son firman.
Pauline. — Qu'est-ce que c'est que ça, un firman?
D'Angerville. — Tiens... va donc interroger ta tante.
Pauline. — Ah! ma tante... Elle est invitée à aller jeudi à Saint-Cloud, chez Mme de Bérigny. C'est la mère d'un jeune officier qui est ici. Tu ne l'as pas vu? Si, tu dois l'avoir remarqué! Il est hlond. Il était en garnison à Perpignan. On l'a envoyé à Reims.
D'Angkrville. — Tu es hien renseignée.
Pauline. — Je viens de causer avec lui. Il est aimable. Veux-tu qu'on te le présente?
BriannE, qui est revenu près de sou appareil. — Ne bou-
geons plus.... C'est fait.
Explosion de rires. On se précipite autour de Brianne.
D'Angerville. — Eh bien, va retrouver tes petites amies, pendant que je me ferai présenter cet officier distingué et plein d'avenir, n'est-ce pas ?
Pauline. — Oh, oui, petit père.... Chut! on vient.... Ecoute.
Un Allemand qui s'est adressé à deux ou trois personnes se trouve devant Sullivan.
L'Allemand. — Konnten sie mir sagen voo sich Graf de Thau befindet?
il LES VENTRES DORLS.
Sullivan, d'un ton ro^uc. — I don't understand, sir,
I am an Englishman.
II sort. Mme Brianne, élégante jeune femme, est nssise près d'una table et regarde des journaux illustrés.
Mme Klobb, forte Juive, et Mine Vernières entrent.
Madame Klobû. — Ah 1 ma bonne amie... qu'il fait chaud !
Madame 13bia]\>-e. — Eh bien, asseyez-sous ici un moment. (Mme Klobb et Mme Vernières s'asseyent. Les domestiques apportent des boissons glacées.) — Comment ! VOUS ne VOUS
êtes pas habillée, madame Vernières? Mon mari ne VOUS a donc pas photographiée?
Madame Yermères. — Non. Je n'ai pas voulu. Je trouve ça indécent de se promener les bras et les jambes nus en plein air.
Madame Klobb. — Et vous voulez nou'^ réserver la surprise de votre costume pour ce soir. Comment est-il?
Madame Vermères. — Vous verrez, madame Klobb, TOUS verrez. 11 est copié sur celui de miss Ellen qui joue Titania à Londres.
Madame Klobb. — Il paraît que vous avez été très bien aux répétitions.
Madame Vernières. — Encore ne me suis-je pas livrée. Mais ce soir devant les invités et devant le roi?...
Madame Brl\>>e. — Vous n'avez pas le trac...
Madame Vermères. — J'ai déjà joué la comédie... au couvent... où j'éionnais les bonnes sœurs. Ah! si vous m'aviez vue dans Charles VIL où je faisais le libérateur du royaume, Jean de Domrémy.... J'avais la vocation. Je ne me consolerai jamais, je crois, de n'être pas enirée au théâtre... Une grande nouvelle... sous le sceau du secret.... Je chante le mois prochain.