‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 5 sur 170 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Madame Klodb. — Où?

Madame Vernières. — Chez les Hackendorff : le devui du village. Nous commençons à répéter demain.

Madame Brianne. — Chez Mme Hackendorff? Avenue de Messine? Passez donc boulevard Ilaussmann en sortant.

Madame Ver.mères. — Impossible. Les Croizy m'attendent à 5 heures, chez Uitz, pour le thé.

Madame Bria>ne. — Eh bien, et mercredi?

Madame Vernières. — Je déjeune avec ma cousine de Salux. A 2 heures, j'ai ma couturière. A 4... la vente de charité à l'ambassade de Karinlhie. A 5 heures... voyons.... Ah! ma modiste.... Un chapeau, ma chère!... Le soir, l'Opéra, dans la loge des Freynettes.

Madame Klobb. — Quelle vie agitée !

Madame Vernières. — Il faut bien -s'amuser, Madame Klobb. On ne vit pas deux fois. Rien ne me divertit comme d'aller, venir, de courir les magasins, de répéter des rôles, d'essayer des toilettes, de dépenser de l'argent, d'en gaspiller.... Enfin, nous sommes riches.

Madame Brianne. — Grâce à la Nouvelle-Afrique!... Et vous savez qu'on va trouver des mines d'or dans nos terrains.

Madame Klobb. — Klobb me l'a dit.

Madame Vernières. — J'ai vu un collier de perles, rue de la Paix... Mon mari me l'offrira le jour où les actions atteindront le cours de deux mille.

Madame Klobb. — Vous l'aurez avant trois mois.

Madame Vernières. — Croiriez-vous que Maurice a d'abord refusé d'entrer dans l'afTaire?

Madame Brianne. — Un homme intelligent comme lui!

Madame Verxières. — Il ne voulait pas du poste d'adniinistrateur-délégué que lui offrait le baron de Tbau.

Madame Brianne. — Pourquoi, mon Dieu?

Madame Klobb. — M. Yernières aimait mieux rester député ?

Madame Brianne. — Peuli I

Madame Klobb. — Peut-être serait-il ministre?

Madame Yermères. — Non. Il manque de souplesse d'échiné. Alil il a été sous-secrétaire d'Etat, une fois, longtemps avant notre mariage. Il a fait partie du fameux ministère qu'on a appelé le ministère des honnêtes gens. Il a duré trente-sept jours. Ou n'a jamais bien su pourquoi il a été renversé. Maurice ne serait pas revenu au pouvoir. Il aurait vécu dans une médiocrité... considérée, riche d'honneurs et léger d'argent. Aussi devinez-vous ma joie quand le baron de Thau est venu chez nous parler de l'affaire de Mauritanie, et mon insistance et mes supplications auprès de mon mari. Il a fini par céder. Il cède toujours. II crie et il plie. Le roseau peint en fer. En somme il est bien gentil et je l'aime beaucoup.

Madame Klobb. — Comme il doit se féliciter d'avoir suivi vos conseils.

Madame Vermèp.es. — Oui. Je m'en félicite.

Madame Brianxe, qui étaii remontée. — Tiens, le baron de Thau a présenté El Mansour au président du Conseil des ministres. Ahl il vient de ce côté.... On l'an'éte:

Madame Vernières. — Quelle foule autour de lui!

Madame Bria.xne. — C'est un roi au milieu de sa cour.

Madame Klobb. — Dame! un financier heureux.

Madame BRrANXE. — Pour que 1 illusion d'une cour .soit complète, il ne manque ici qu'un personnage.

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