‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 41 sur 170 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

Le curé. — J'ai conseillé à mes paroissiens de prendre de la Nouvelle-Afrique! Tout un village ruiné. La vieille dame, se lamentant. — Ah I mon Dieu

Le caissier, le poing tendu vers la porte par laquelle les administrateurs sont sortis. — Les misérables !

L'homme crédule. — Pourquoi ne nous ont-ils pas prévenus la semaine dernière? On aurait refilé les titres aux gogos qui avaient encore confiance dans l'affaire.

Le caissier. — Si nous perdons notre argent, c'est la faute aux administrateurs!

L'homme crédule. — C'est la faute des journaux!

Tous. — Ah! les journaux!

La paysanne. — Ben oui, on disait qu'on devait être riche comme Crésus, avant un an... que dans le pays i' venait de l'or... comm' des betteraves dans nos champs... c'était écrit su' 1' journal... et quand c'est écrit su r journal....

L'homme crédule, redescendant. — Non, vrai, j'ai trop de déveine, ces choses-là n'arrivent qu'à moi. Tous les dix ans je mets une petite fortune de côté. Je fais un placement sûr pour la doubler et je la perds. Heureusement j'ai entendu parler, ces jours derniers, d'une grosse affaire rémunératrice et sans risques, cette-fois!

Le commerçant, le caissier et d'autres personnes, vivement. — Ah! Laquelle? Dites?

L'homme crédule. — Les galères de Xerxès. Peu de frais, gros bénéfices. Il s'agit de retrouver, dans la baie de Salamine, les galères du roi Xerxès qui furent coulées par les Athéniens. Elles contenaient des trésors fabuleux, des vases d'or et d'argent, des sacs de dariques, des pierres précieuses. D'ailleurs, c'est un financier réputé qui lance cette affaire, le baron d'Urth. Un homme, qui était à la fenêtre. — Ah ! Voyoz donc là-

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bas, dans cette automobile qui vient. . . le baron de Tliau !

Des voix. — Non?

L'homme. — Sil... sil... c'est le baron. Il as^ite un mouchoir.... Il apporte une bonne nouvelle.

Des voix. — Ce n'est pas lui. — C'est lui. — Il n'est donc pas mort?

L'homme. — Ouil tenez... l'automobile s'arrête. Regardez son visage.... Il est radieux... on l'entoure.... tl parle.... On l'applaudit... il annonce la hausse.

Des actionaires. — La hausse? Non... — si.... —

Je vous dis que ce n"est pas lui — Allons voir.... —

Oui... la hausse.... — Je n'ose pas y croire.... — J'en étais sur.

Des aclionnairea et des obligataires sortent. D'autres accourent. On échange des nouvelles. Cependant, au dehor.«, des voix éclatent, puis ce n'est plus qu'un seul cri : a La hausse, la hausse, la hausse! » KIobb, Chauvelot, Yernières, Carrier, d'Angerville accourent. Enfin par la porte du l'ond, entouré par la foule, de Thau paraît. Aussitôt toutes les personnes qui sont en scène font cercle autour de lui.

Tous. — On monte ? — Est-ce vrai? — Sauveznous I — Parlez, nous n'avons d'espoir qu'en vous!

Vkrnières, qui a écarté la foule. — Eh bien quoi? quoi? quoi?

Le baron. — La hausse. (Explosion de joie.) Des achats sont faits à Paris et à Bruxelles.... A la clôture, nous aurons regagné cinq cents francs.

« Celte fois, c'est du délire, on lui baise les mains.

Tous. — Sauvés î — Par lui î — Le brave homme! — Ah! Monsieur!

Pendant qu'un groupe entoure le baron, au fond de la scène, un autre groupe où sont : le commerçant, le curé, la paysanne, etc., s'est formé à l'avant-scùne.

Le commerçant. — Mon argent ! Je rattrape mon argent!

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