ACTE QUATRIÈME
Madame Vernières, avec un cri. — Maurice! Vernières. — Jeanne I
Us se jettent dans les bras l'un de l'autre. Chavard s'esquive. Madame VER^'IÈI\ES. tenant son mari dans ses bras. — Enfin
te voilà.... Maurice... mon ami.... Je te cherciie depuis ce matin. Je t'ai attendu toute la nuit avec les enfants qui pleuraient de me voir pleui'er. ïu ne nous laisseras plus jamais ainsi seuls, sans nouvelles. Si tu savais dans quelles angoisses j'ai été et les idées qui m'obsédaient, te sachant malade, je te voyais loin de moi souffrant, m'appelant.... Comme tu es pâle. Qu'as-tu fait cette nuit? Qu'est-ce que tu as?
VerxNières, assis, désolé. — Ail! Jeanne!
Madame Yermères. — Que se passe-t-il? Personne ne veut me dire la vérité. Tu me la diras, toi. Je le veux. Je t'en prie. Tu ne dois rien avoir de caché pour moi. Crains-tu de me faire de la peine en parlant? Mais rien n'est plus cruel que de ne pas savoir ce qui se passe derrière ce front fermé. Mon ami, dis-moi ce que tu as, je te le demande en grâce. Si tu souffres, je dois savoir pourquoi, car tes souiïrancos m'appartiennent comme tes joies. Et c'est mon droit enfin, mon droit de femme et qui t'aime de connaître tes chagrins, de les partager, de les porter avec toi.
Yernières, à rai-voix. — Je suis un homme perdu! La Nouvelle-Afrique a vécu. Nous allons suspendre nos paiements.
Madame Vernières. — Alors, c'est la faillite?
Yernières. — La faillite!
Madame Yernières. — Mon Dieu!
Yernières. — Avec... ses conséquences....
Madame Vermères. — Quelles? On m'a dit ça déjà. Qu'est-ce que cela veut dire?... Des conséquences pour
la Compagnie, pas pour vous... pas pour toi.... (Il ne
répond pas.) Quoi?
Vernières. — Des comptes à rendre.
MiDAME Vernières. — Ne m'effraye pas. . . . Ces comptes, vous les rendrez? Tu es prêt à les rendre? Tu ne réponds pas?.. Parle.... Ne vois-tu pas que je suis dévorée d'inquiétudes.... Avec les bruits qui courent... je peux supposer.... Au nom du ciel, réponds-moi, je t'en conjure....
Yermères. — Je suis un homme perdu, je te dis... nous sommes sous le coup de poursuites!...
Madame Vernières. — Des poursuites!... Qui?.. La justice?., toi?...
Vernières. — Oui Voilà....
Madame Vermères. — Le tribunal?... Ce n'est pas possible.... Mon Dieu!... Maurice... ce n'est pas vrai.... On ne te fera rien.... Mais quoi? On te prendrait? Je ne veux pas.
Vernières accaLlé. — A mon âge.... Accusé.... Condamné peut-être....
Madame Vernières. — Ne dis pas des choses pareilles.... Je ne veux pas les entendre....
Vernières se levant. — La correctionnelle! Oui, je peux aller devant un tribunal correctionnel, moil Moi, je donnerai ce spectacle, Vernières, l'intègre Vernières, arrêté, ça c'est comique.... Et je ne peux rien faire.... Je suis pris, lié, ligoté. Je n'ai plus qu'à attendre qu'ils viennent me prendre comme un filou. C'est à se casser
la tête contre un mur! (BaUant lair de ses bras avec rage.)
Ah!... Ahl... moil... avec mes cheveux gris, on me traîneraitlà! Non! Non.... Tout, plutôt que cette liontel
Madame Vernières. — Maurice, tu n'es pas coupable.
Vernières. — Mais si, je suis aussi coupable que les autres, je suis leur compiice, tu entends, leur complice.