ACTE QUATRIÈME
tion aujourd'hui même. Je les y forcerai. Je ne suis venu que pour cela.
Madame Vep.nièrks. — Mais nous, qui n'avions pas de fortune avant.... Il ne nous restera rien... ce sera la misère....
Verrières. — Nos actionnaires sont réduits à la misère eux aussi.
Madame Vernières. — Eh bien... si tu le dois... s'il le faut, si cela doit te faire moins coupable... dépouilleloi... dépouille-nous... n'hésite pas. Que m'importe l'argent maintenant. Je ne pense qu'à toi. Fais ce que tu voudras, mais jure-moi sur la tète de mon fils, que, quoi qu'il arrive, tu ne nous quitteras pas. Sans toi, qu'est-ce que tu veux que nous fassions? Qui aurait pitié de nous? Qui nous recueillerait? Que deviendrions-nous tous les trois? Que deviendraient les enfants? Songe à eux, tu es leur seul appui. Us n'ont que toi pour les conseiller, pour les guider, pour les faire vivre. Je ne pourrais même pas assurer leur existence, moi. As-tu pensé que, bientôt, ils seraient peut-être sans pain? C'est horrible.
Vermères. — Oui, ce serait horrible.... Tais-toi !
Madame Vernières. — Tu vois bien que tu ne peux pas.... Tu chasseras cette idée.... Et ne crois pas que nous ne puissions plus être heureux, que nous n'ayons plus rien à attendre de la vie. Va, notre malheur n'est pas irréparable, tant que nous nous restons l'un à l'autre. Tiens, dès que nous le pouirons, nous fuirons î*aris. Nous passerons à l'étranger. Nous changerons de nom. Personne ne nous connaîtra. Tu reprendras ta pi'ofession et nous recommencerons notre vie d'autrefois... toute modeste.
Vernières. — Ma chérie... c'est vrai ? Notre avenirne
400 i.ES YEïSTREi BORES.
t'effrayerait pas? Ce séjour là-bas... au loin... dans quelque \ille inconnue... la gêne?...
Madame Yermèkes. — Pourvu que je sois entre les enfants et toi.... Ah! tu verras, je t'aimerai tant pour me faire pardonner le mal que je t'ai fait... je t'entourerai de tant de soins et d'alfections, que tu oublieras cet affreux passé, ces jours d'épreuves.... Tu auras encore des heures de joie... avec nous... je te le promets.... J'en suis sûre.... Tu veux bien, dis, tu veux?
VER^'IÈRES l'embiassant. — Ah ! Jeanne I (se relevant comme
s'il entendait du bruit.) Ne fcste pas ici Je crois que
voici ces messieurs.
Madame Yer-mères. — Je ne partirai pas avant que tu m'aies juré.... Tu promets?... Tu promets?...
Verrières . — Oui.
D'A>GERVILLE entre par la porte du fond, il salue Madame Yernières, à mi-voix. — Madame !
Yernières. — Jai conféré toute la nuit avec le baron de Thau. Ma femme était inquiète. Elle est venue à la Compagnie. (A Madame Yemiéres.) Eh bien, maintenant, te voilà rassurée. Tu peux rentrer chez toi.
Madame Vermèrls remontant. — A midi ?
Vermèrës. — Ou plus tard. Nous avons tant à faire
Madame Yernières sort. Yerniéres qui a accompagné sa femme, redescend. Il se trouve devant d'Angerville. Tous deux, d'un mouvement spontané, se serrent la main.
D'A>GERVILLE lég^èrement, d'un ton détaché, en ôtant ses gants,
son pardessus, etc.... — Moi non plus, je n'ai pas dormi. J'ai passé ma nuit au cercle. Figurez-vous que je n'avais pas touché une carte depuis vingt ans. Je me suis assis à une table de baccara. A trois heures du matin je gagnais plus de cent mille francs. Puis j'ai tout