ACTE QUATRIEME. lOl
reperdu. Je ne suis pas en veine en ce moment. Et savez-vous ce que représentait ce gain pour moi? La dot de ma fille, mon cher. Oui, je tâchais de retrouver dans le jeu ce que le jeu a dévoré (Pause.) Voilà Pauline sans dot, sans fiancé. Car vous pensez hien que M. de Bérigny, soupçonnant la vérité, a retiré sa parole.... J'ai eu, hier au soir, à son sujet, avec Pauline, affolée de voir manquer son mariage, une scène... ahominable. Cette gamine m'a dit les choses les plus dures.... Ah ! l'argent ! le cœur humain... les enfants.... Elle me hait. Elle veut son mari, sa dot... Et je n'ai plus rien, rien... qu'une assurance sur la vie.... En sorte, mon
cher, qu'il faudrait... (Mouvement de Vernières. Avec un geste
rrinsouciance.) Bah! ça peut se faire.
Du bruit. Enlre Carrier, rouge, légèrement ivre, qui soutient "N'eurelles pâle et délait. Veurettes a soixante-cinq ans. Il est officier de la Légion dlionneur.
CARRIER. — Allons, Veureltes, allons! (Carrier va serreila main à d'.^ngerville et à Vernières.) — BonjOUr.
Vedhettes, inlen-ogeant tour à tour d'Angerville et Vernières.
— Que décide-t-on? Quel parti a-t-on pris? A-t-on trouvé des fonds? Est-ce qu'on dépose le bilan? Et si nous le déposions, serions-nous condamnés? Mon Dieu ! Mon Dieu I
Carrier. — Voyons Veurette, du ressort, prenez exemple sur moi. Toutes ces histoires couraient déjà Paris hier au spir. J'ai été plastronner à l'Opéra. Des — amis ont feint de ne pas me reconnaître et j'entendais des pi^opos et des ricanements derrière moi. Justement, le procur;'ur général était là. J'ai mai^hé vers lui la main ouverte. Nous avons causé cinq minutes. Tout le monde me saluait à la sortie. J'ai été souper. Ce matin nous mangions des huîtres chez Legrain....
\'n haut Graves!... donl j'ai bu deux bouteilles.... Aussi ce que je me fiche de mes actionn-^ires et de leurs réclamations.
Vedrettes 5e lamentant. — Dans quelle atroce situation je suis ! Il y a huit jours, je faisais une conférence sur la Nouvelle-Afrique. Je dois être un sujet de brocards pour mes confrères. Si vous saviez comme ils sont féroces et jaloux aux Sciences Morales et politiqu«'s.
Carrier. — Que disiez-vous donc dans voire conférence?
Velrettes reprenant tout naturellement le ton du conférencier.
— Mais, la vérité ! Qu'on devait nous regarder comme les bienfaiteurs de l'humanité, nous autres, qui avions découvert de nouveaux emplois pour les capitaux disponibles, qui faisions placer les économies des pauvres gens à un taux moyen de dix pour cent, ce qui est d'un bon exemple et singulièrement propre à encourager à la fois l'esprit d'économie et l'esprit d'entreprise, ces deux agents indispensables du progi^ès matériel. Et ma brochure, ma petite brochure : « Une entreprise nationale )) où je disais à nos souscripteurs qu'il fallait répondre aux calomnies en nous confiant cinquante millions de plus.
Carrier riant. — Ah! Ah! En effet.... Oui... c'est drôle.... Bah! les volumes serviront au syn lie s'il veut remonter l'affaire.... Eh bien, d'Angerville? Eh bien, Vernières?... Vous ne dites rien?... Vous avez l'air souffrant. Qu'avez-vous ?
11 allume un cigare. Cliauvelot ouvre la petite porte, se glisse dans la pièce et s'assied en silence. Puis Briannc ouvro la porte à gauche.
Caprter se retournant. — Ah! Vous étiez-là, Brianne ?
Bria^NE baissant timidement la tète. — Rien encorc ?