‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 64 sur 170 · ACTE Cn'QUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE Cn'QUIÈME

d'intrigues, vous l'avoz obtenue. Je me sens votre égal, et cependant, à I^aris, je ne suis rien auprès de vous. [*our nos collègues, vous comptez seul. C'est vous qu'on appelle le « grand baron ». Enfin, j'ai cassé les reins à la Nouvelle-Afrique, croyant être débarrassé de vous. Je respirais. Et voilà que vous reparaissez, prêt à reprendre votre place, à rentrer dans la lutte, à fonder une srtciété nouvelle. Eh bien, non, cela ne sera pas. Celte alî'aire que vous m'avez enlevée autrefois, je la veu.K aujourd'hui. Pour l'avoir, je ne reculerai devant l'ion, vous entendez, rien.

Le Baron, avec un petit rire. — Ah! ah! vous m'amusez.

D'Urtii. — Oui. Vous espérez m'échappcr. Vous a^ez plus d'un tour dans votre sac... Mais, cette fois, c'est moi qui vous liens, et je ne vous lâcherai pas. Tiens, veux-tu que je te parle franchement? Je le peux aujourd'hui, c'est la dernière fois que nous nous trouvons face à face. Je le hais. Et ce n'est pas seulement le financier, le concurrent que je veux écraser, c'est l'homme qui m'a blessé dans mon orgueil, qui a fait de moi un être ridicule, un objet de dérision, la fable de toutes les bourses. Tu as été l'amant de ma femme.

Le Baron. — Ce n'est pas vrai.

D'Urtii. — Ne mens pas. Je le sais, j'en ai les preuves. Un jour, dans un cercle, à Bruxelles, tu t'es vanté d'en faire ta maîtresse.

Le Baron. — Moi ?

D'Urtii. — Pour de l'argent, tu as décidé cette malheureuse à aller là-bas, à se montrer à tes côtés. Tu as paradé avec elle dans un théâtre. Et tu n'avais même pas l'excuse de l'amour. Tu as pris cette femme comme tant d'autres, par vantardise, par orgueil, à la suite d'un pari, pour m'infliger un dernier, un plus

humiliant affront. Ahl tu m'as fait souffrir, car je l'aimais, moi. Comprends-tu mieux, maintenant, pourquoi tu ne peux plus m'échapper ?

Le Baron. — Mais si j'avais couché avec ta femme et si tu le savais, il fallait te venger tout de suite sur moi. Moi seul t'appartenais et non pas mon œuvre. En tuant la iSouvelle-Afrique pour m'atteindre, tu fus un scélérat. Que^'avaient fait nos malheureux porteurs de titres? Tu les as ruinés pour satisfaire ta vengeance, mais tu t'enrichissais aussi de leurs dépouilles (marchant sur lui et lacculant dans un coin de la pièce). Dans le

coup de bourse de décembre, tu as gagné des millions. C'est dans tes poches et dans les poches de quelques autres misérables spéculateurs comme toi que sont passées les économies de deux cent mille pauvres gens. Il est trempé de larmes et de sang cet or. Mais tu t'en fiches. Ça se nettoie. (Levant la main sur lui.) Ah!

D'Urth. — Faut-il appeler?

Le Baron, se contenant. — Non. Tu ne risques rien. Je ne te tue pas, moi, tandis que toi encore, tu as voulu me faire assassiner.

D'Urth. — Ce n'est pas vrai.

Le Baron. — Si, il y a trois mois, en Mauritanie. Le coup venait de toi, j'en suis sur. Qufind je t'aurais pris ta femme, tu as essayé de me faire tuer. Nous sommes quittes.

D'Urth. — Ah! ne le crois pas! Oui ou non, veux-tu plier bagage, disparaître, m'abandonner l'affaire de Mauritanie?

Le Baron. — Non, non et non.

D'Ubth. — Eh bien, mon vieux, je vais publier dans le journal des articles de Mouchon, le député.... Il y racontera vos manœuvres à la Chambre. Je te le disais

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