ACTE CINQUIÈME
bien que le moment était venu de régler nos comptes.... Corrupteur! J'en donnerai les preuves. Tu sais que ce sont les assises.
Le Baron. — Alors, mon petit, tu y viendras avec moi-
D'Urth. —Oh! oh!
Le Baron. — Oui. Car si j'ai corrompu des députés pour leur faire voter une expédition, c'est que cette expédition était rendue nécessaire, à cause de la révolte fomentée par toi, soutenue par toi. IVégou-Abdou était payé par toi quand il a attaqué nos ouvriers et nos soldats.
D'Lrth. — Tu en as menti!
Le Baron. — J'en ai les preuves, moi aussi. (Frappant sur un bureau . Elles sont là, dans mon tiroir.... Des dépêches chiffrées, envoyées par toi.
D'Lrth, avec un cri. — On me les a volées.
Le Baron. — C'est mon ingénieur qui les a prises chez ton agent là-bas en fichant le feu à sa baraque.
D'Urth, écrasé. — Alil le salaud !
Le Baron. — Vous ne dites plus rien? Etes-vous toujours décidé à publier ces articles? Non? Ce n'est pas encore aujourd'hui que vous aurez ma peau. (Nouveau
silence. Il s'approche de d'L'rlh et lui frappe sur l'épaule.) AUonS
d'Urlh... ne faites pas cette tête.... Vous ne me haïssez pas à ce point... j'ensuis sûr. Et comme vous avez tort de croire que ma disparition vous ferait le maître à la Bourse! Après moi, vous vous heurteriez au père Levy-Schleim qui vous guette depuis longtemps. D'ailleurs, qui peut se vanter d'être le maître à Paris et dans notre métier? Un homme isolé est sans action, sans influence. Les coalitions seules sont fortes.... Voyons, nous venons d'échanger des paroles un peu
vives. Ce n'est pas la première fois... ce ne sera pas la dernière. Oublions-les. Depuis cinq ans, nous nous faisons une guerre au couteau. Nous nous blessons, mais nous ne nous achevons pas. Nous sommes deux grands barons, mon cher, et d'une force égale. Allions-nous. Nous pouvons faire de grandes choses en commun.
D'Urtu, après rélîexion. — Eh bien, associez-moi à cette affaire de Mauritanie que vous allez remettre sur pied, et qui, malgré tout, reste une affaire admirable, où il y a beaucoup d'argent à gagner.
Le Baron. — Quelles sont vos disponibilités, en ce moment?
D'Urth. — Deux... trois millions.
Le Baron. — .l'obtiendrai sans doute que vous entriez dans le syu'licat anglo-américain, surtout si je fais valoir à ces Messieurs l'aide que nous apportera votre journal. Mais comment expliquerez-vous aux lecteurs une volte-face... nécessaire?
D'Urth. — Il n'y aura pas de volte-face. Nous continuerons à défendre dans la Quotidienne les intérêts de vos porteurs de titres. Cette défense n'implique pas qu'on doive attaquer les membres du conseil d'administration.
Le Baron. — Bien. (Ils se scnent la main). Revovez-moi demain. Noire avenir, l'avenir de la Nouv«dle-Afrique ne dépend plus que de nos actionnaires, .le les réunis jeudi soir, lit dans cette séance, mon cher, il faut périr ou triompher.