‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 66 sur 170 · DEUXIEME TABLEAU · texte numérisé non relu

DEUXIEME TABLEAU

Le Nouveau Cirque (ou tel autre lieu de rt';u;iion).

Quand l'acte va commencer, au moment où les trois coups sont

Irjppés, un immense bourdonnement fait de centaines de voix

s'élève.

Ce sont les actionnaires, les obligataires, hommes et femmes,

déjà arrivés dans la salle, qui parlent. — Le rideau se lève. —

Des retardataires accourent; le couloir qui donne entrée dans la

salle est tncombré. Disputes et bagarres. Brusquement des cris : Ha! Ha! Les voilà. — Ce sont eux. Le baron de Thait!... C'est

Chauvelot....

En elfei, le baron de Thau, Ciialvelot, CAnruEu, d'auli'es membres

du jConseil viennent d'entrer et montent sur l'estrade. Quand

ils sont bien en vue, des clameurs s'élèvent dans la salle. Cris : Bandits ! — Voleurs! — Escrocs! — A la Sente! — En prison! —

Hou! Hou!

Cependant, un peu pâles, mais feignant de ne pas entendre les

invectives, les membres du Conseil dAdministration s'asseyent.

De Thad consulte sa montre. Il agite sa sonnette.

De Thau. — iMessieurs, veuillez faii-e silence. (Mais le

bruit continue.] Mesdames! Messieui's....

Gris. — Non! Non! A mort! Qu'on les anèîe.

D'autres cris. — Taisez-vous! Ecoutez !

Un ACTioNiNAiRE. — Ils ne parleront pas!

Cependant un autre actionnaire à la stature imposante, se lève, et d'une voix de stentor, qui domine le tumulte, ilp;ir!o.

Deuxième actionnaire. — Nous avons été convoqués pour entendre les explications (jue le Conseil d'administration de la Nouvelle-Afrique doit nous fournir. Nous voici réunis. Nous serons-nous dérangés inutilement? Écoutons ces messieurs. Nous serons libres de prendre ensuite telles déterminations qui nous conviendront.

Quelques a}'plaudissements. — Chauvelot s'e?t levé, tenant à la main un rapjxjpt. — Des coups de sifflet.

Carrier. — Entendez-nous avant de nous condamner.

I*REiiiER ACTioN.NAiRE. — Yous êtes des misérables!

CiiAuvELOT, essayant de lire. — Mesdames et Messieurs....

Premier actionnaire. — Vous nous avez ruinés.

Chativelot. — Mesdames et Messieurs, nous venons... .

Premier actionnaire. — Escroc! Escroc!

Chauvelot. — >'oiis venons aujourd'hui dans des circonstances graves et difficiles —

Des voix. — C'est vous qui nous avez mis dans le pétrin. — Us vont encore nous berner! Pas de rapport! — De l'argent!

Chauvelot. — ... Yous mettre au courant des efforts. ...

Des voiî, — Notre argent I

Chauvelot. — ... que nous avons tentés....

Les voix, sur l'air des lampions. — No-tre ar-gent! — No-tre ar-gent ! — No-tre ar-gent I

Toute la salle répète le cri. La voix de Chauvelot est couverte. C'est , en valu qu'il essaye de parler. Alors, le baron de Thau se lève. — Dans le tumulte, il fait de grands gestes. Comme il y a une accalmie, il en profite pour lancer ces phrases ;

De Thau. — On ne vous lira pas le rapport. Je le résume en deux mots. Nous vous apportons de l'argent.

Des voix. — De l'argent? — Qu'est-ce qu'il dit? — On nous rend notre argent ?

D'autres voix. — Ce n'est pas vrai !

Deuxième actionnaire. — Mesdames et Messieurs, je vous conjure de faire silence. On nous parle de nous rendre notre argent; écoutons.

De Thau. — Une Société nouvelle se constitue ; déjà elle a trouvé soixante raillions, — je dis soixante millions, messieurs. Il ne lui en manque plus que quarante pour constituer un nouveau capital qui permettra d'abord de désintéresser les obligataires.

Premier actionnaire. — Et les actioiinaires?

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