‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 69 sur 170 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

Ghauvëlot. — Vous n'avez pas le droit de rendre toul un conseil responsable des fautes qu'un seul membre a commises. D'abord, y a-t-il eu faute? L'expertise des livres le dira. Mais n'oubliez pas que l'homme qui pouvait donner des ordres était l'administrateur-délégué. Quand il est mort on a trouvé sur lui une lettre où il s'accusait.

Premier AcriONNAn^E. — 11 vous accusait tous....

Chauvelot. — Lui seul avait signé la lettre.

Premier actio>\\aire. — Elle était faite pour être signée par tous.

Chauvelot. — Parbleu! Il cherchait à mettre sa responsabilité à couvert! Mais on a sa signature et non pas la nôtre. S'il y a culpabilité, M. Yernières seul est coupable.

Une voix de femme. — Vous mentez.... On se rcioumo.

Quoi? — Qui est-ce?... — C'est une femme....

Dans un groupe on aperçoit une dame en grand deuil. C'est elle qui vient de parler.

Des voix. — Levez-vous! Parlez! Parlez!

La dame se lève.

Carrier. — Que signifie cette interruption? Qui êtesvous?

La dame, relevant son voile noir. — Je suis Madame Vernières. Sensation.

Des voix. — Très bien, Madame.... — N'ayez pas peur. Expliquez-vous.

Madame Vernières. — Je me doutais qu'aujourd'hui, ici, on s'efforcerait de charger mon mari de tous les crimes. Pour sa mémoire, pour ses enfants, j'ai voulu le défendre. (On l'applaudit. ) Mon mari était un honnête homme. Il est innocent des fautes dont on laccuse. C'est le Conseil tout entier qui a pris des décisions. Quelques instants avant sa mort, mon mari m'a juré

154 LES YESTRES DORES.

qu'il n'a consenti à certains actes que pressé, harcelé par les membres du Conseil. Lui, jamais il n aurait commis une mauvaise action. Je le jure i je le jurel

On l'applaudit.

De Thau. — Je comprends la douleur de Mme Vernières. J'y compatis. Oui, son mari était un honnête homme. Mais sa présence même dans le Conseil prouve qu'il ne s'y est rien passé que de légal, puisque toutes les décisions ont été nrises en commun.

Madame Yer>'ières. — Non! Non! Il a toujours protesté contre vos açrissements. Vous essayez de rejeter vos responsabilités sur un malheureux qui a disparu. Je demande des juges, des juges....

Elle éclate en sanglots. — Applaudissements. Deuxième actig.x.naire. — Messieurs, vous témoignez votre sympathie à Mme Vernières, et vous avez raison. Elle est digne de pitié. Mais sommes-nous moins à plaindre qu'elle? N'y a-t-il pas eu aussi des drames dans certaines familles d'actionnaires et d'obligataires? M. Vernières est mort. N'avons-nous pas vu des pères de famille ruinés par la faillite de la Nouvelle-Afrique qui se sont suicidés? Je n'accepterai pas, d'autre part, qu'on vienne devant nous faire l'apologie d'un homme, qui, après tout, était notre administrateur-délégué, et dont le renom de probité nous avait paru une garantie suffisante quand nous confiâmes nos fonds à la Nouvelle- Afrique, faiblesse ou complicité, je l'ignore, mais il n'est pas douteux qu'il a sa part dans le désastre. Si nous n'avons aucune preuve de la culpabilité des autres administrateurs, nous en avons une, formidable, contre U. Vernières, la lettre qu'il a écrite et signée. (Mme Vernières pousse un cri, — Elle ^s'évanouit. On l'emporte. — L'actionnaire continue à parler au milieu du tumulte.) D'ailleurs, nOUS

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