‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 70 sur 170 · ACTE CINQUIEME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIEME

ne sommes pas venus ici pour innocenter tel ou tel. Nous ne sommes pas des juges. Nous n'avons de devoirs à remplir que vis-à-vis de nous. Il s'agit de tirer quelques épaves du naufrage de la Nouvelle-Afrique. Il s'agit de rattraper notre argent.

Le Bauo-n. — Vous avez tout à fait raison, Monsieur, et nos offres doivent vous satisfaire.

Premier actionnaire. — Nous refusons de traiter avec vous....

Des voix. — Pourquoi?

Premier actionnaire. — Nous avons déjà réuni un capital important. L'affaire se reconstituera sans vous.

Le Baron. — Je souhaite que vous réussissiez, car avant tout, je songe aux intérêts des actionnaires. Mais n'oubliez pas les termes du contrat que nous avions signé avec l'Etat de Mauritanie. Pour l'instant, nous sommes déchus de nos droits. Il s'agit d'obtenir un nouveau firman. L'avez-vous?

Premier actionnaire. — Nous le demanderons.

Le Baron. — Combien de temps faudra-t-il pour l'obtenir? Plusieurs mois. Il y aura des compétitions. Vous vous trouverez en concurrence avec la Société anglo-américaine. Le Sultan et ses conseillers pèseront les avantages réciproques, discuteront. Quand une décision interviendra, nos travaux seront démolis, le matériel hors d'usage. Eh bien, moi, par mes appuis à la Cour, mes aboutissants, je me charge d'obtenir ce firman en quelques jours. Je l'apporterai à la Nouvelle Société, trop heureux de voir se reconstituer une affaire qui, aux uns et aux autres, donnera de si grands avantages.

Des voix. — Très bien I Très bien I — Obtenez le firman.

CnAuvFLOT. — Vous avcz bien compris, n'est-ce pas.

136 LES VEiNTRES DORES.

que le firman ne peut être demandé et obtenu que pour une société reconstituée ?

Use voix. — Quand le sera-t-eile?

Chacvelot. — Dès que le syndicat anglo-américain aura trouvé tous les fonds.

Premier actionnaire. — 11 ne les trouvera jamais.

Chauvelot. — Pardon, ce syndicat a soixante millions. Des pom'parlers sont engagés avec diverses banques qui- fourniront sans doute le surplus.

Deuxième actig.nnatre. — Je demande la parole.

Le Barox. — Parlez, Monsieur.

Deuxième actio.^nalre. — On a pu voir que, dans cette discussion, j'ai apporté un grand esprit de conciliation. Mais j'ai le souci de nos intérêts, de nos intérêts seuls. Une société nouA'elle va être crééft dont les actions seront privilégiées quant aux intérêts. Je demande que l'action qu'on nous délivrerait en échange de trois actions de la Société ancienne donne également droit à des intérêts. Mais je demande plus. Nous avons trouvé entre nous quarante millions environ. Je ne voterai la proposition que nous soumet M. de Tliau qu'à une condition : c'est qu'on prendra ces quarante millions; c'est que nous, les actionnaires de l'ancienne Société, nous serons admis de préférence à tous autres prêteurs à donner notre argent. Il serait incroyable que les ouvriers de la première heure fussent privés de bénéfices que réaliseront des inconnus, et que ceux qui ont semé ne soient pas ceux qui récoltent. (On applaudit.) D'ailleurs, puisque le syndicat anglo-américain cherche encore des fonds, il doit lui être indifférent de savoir de quelles mains il les recevra. Nous exigeons que ce soit des nôtres. .

Des bravos partent de tous les points de la salle. — CKauvelot se

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