‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 7 sur 170 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

VErxNiÈREs. — • S'il te fait de bonnes conditions!..» C'est tout ce que tu voulais savoir?

RoBEKT, hésitant. — Mon Dieu... oui.... Seulement avant de traiter.... Nous parlons à cœur ouvert, n'estce pas?.... C'est aussi dans ton intérêt à toi, administrateur-délégué de la Nouvelle-Afrique.... Enfin, vous êtes très attaqués en ce moment.... On prétend qu'il vous sera impossible d'achever les travaux.

Vernières. — Je sais. La Nouvelle-Afrique a des détracteurs, des adversaires, des ennemis. DUrlh, par exemple.

Robert, étonné. — D'Urth? Je viens de l'apercevoir. Il est ici.

Vernières. — Oh! de Thau et lui sont de vieux camarades. Ils font des affaires... et de temps à autre essayent cependant de se passer un lasso autour du cou. Mais d'Urth n'est pas de taille à lutter avec notre président. On le dit d'ailleurs très bas depuis le dernier krach.

Robert. — Et les notes que j'ai lues dans les journaux anglais et espagnols? Ces difficultés sur l'interprétation du contrat?

Vkrmères. — Imaginations. Tu le connais, notre contrat. Les articles en sont clairs, précis. Nous devons creuser des ports, établir des routes, construire douze cents kilomètres de voies ferrées. L'empereur nous abandonne les deux tiers des receltes des ports et des chemins de fer. En outre, il nous a gratuitement concédé, de chaque côté de la voie, des terrains où nous avons le droit d'exploiter à nos risques et périls, mais à notre entier bénéfice, les mines qui peuvent s'y trouver.

Robert. — Même des mines d'or?

Yerxières — Des mines d'or... s'il v en a

Robert. — Douze cents kilomètres de voie.... Dans un pays accidenté!... Vous ne vous heurterez pas à des difficultés insurmontables?... Votre ligne sera terminée dans trois ans?

Verxièrks. — Oui. Nous achèverons les travaux au terme fixé, à condition toutefois....

Robert. — A condition?.,.

Vermères. — Que nous n'ayons à vaincre que la nature. Ce que je redoute le plus, ce sont les hommes, les tribus du centre de l'empire, qui se dressent devant nous, farouches, défiantes. C<s gens simples ne comprennent pas que nous nous emparons de leur pays dans leur propre intérêt. Nous sommes des envahisseurs à leurs yeux. Ce sont des fanatiques. Et il paraît que les prédications de Négou-Abdou, cet illuminé qui essaye de soulever les populations du Sud-Oranais contre la domination de la France, ont trouvé un écho jusqu'en Mauritanie.

Robert. — Tu ne crains pas qu'une révolte?... S'ils allaient massacrer vos ouvriers, arrêter vos travaux, démolir ceux qui sont construits?...

Vermères. — Non.... Ils nous sentent les plus forts. Ils nous subissent ; quant à Négou-Abdou, il est poursuivi, traqué par une colonne française. Il sera bientôt prisonnier ou mort. Ce jour-là, nous respirerons.

Robert. — Bref, tu es satisfait et sans inquiétude?

Ver-mères. — Oh! je ne dis pas cela. Certes, notre Société est robuste, pleine de santé et de force. Mais, si des discussions intérieures, une panique de nos porteurs de titres, une guerre, je ne sais quelle improbable catastrophe — je fais des suppositions — la ruinait ou l'affaiblissait demain, si ce grand corps montrait une blessure, aussitôt les spéculateurs, agioteurs, boursico-

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