ACTE CmQUIÈME
lève pour parler. — Le premier actionnaire qui était resté sur la scène s'avance vers le public.
Premier actionnaire. — Mais, Messieurs...
Le Baron, agitant sa sonnette. — Un moment, Monsiem', vous parlerez api^ès M. Chauvelot.
Chauvelot. — Messieurs, la question vient de faire un grand pas. Mais j'ai une observation importante à présenter. Le sort de la Nouvelle-Afrique est entre les mains de Sa Hautesse le Sultan de Mauritanie. M. de Thau se fait fort d'obtenir de lui un nouveau firman. Et moi, je dis que c'est à la condition qu'il n'y ait pas de scandale à Paris. Si l'on parle de dilapidation des fonds, de corruption, le Sultan se tiendra sur la réserve, ne signera rien. Enfin, si le gouvernement engageait des poursuites (vaines d'ailleurs quant à leurs résultats), M. de Thau perdrait toute autorité, tout crédit, le firman serait refusé, votre avoir disparaîtrait dans la faillite.
Un actionnaire. — Le Gouvernement n'a pas su défendre nos intérêts en Mauritanie, qu'il ne nous gêne pas quand nous les défendons nous-mêmes.
Un autre. — Nous irons en délégation auprès du Président du Conseil.
Un autre. — Il nous accueillera d'autant mieux qu'il ne doit pas souhaiter qu'il y ait des scandales au Parlement.
Premier actionnaire, éclatant. — Mais, Messieurs, comprenez-vous bien ce que vous allez faire? Vous élevez une barrière entre la justice et des gens qui vous ont spoliés. Vous demandez qu'on ne poursuive pas des criminels ; vous leur donnez un quitus pour toutes leurs coquineries. . . .
Un actionnaire. — On nous rend notre argent.
Premier actionnaire. — Vous approuvez leurs actes : jeux à la Bourse, spéculations, achats de conscience, corruption de députés....
l'.N AUTRE ACTIONNAIRE. — On iious reiid notre argent.
Premier actionnaire. — Vous devenez ainsi les complices de tous les délits, de tous les crimes commis.
Plusieurs actionnaires. — On nous rend notre argent I
Premier actionnaire. — il serait monstrueux....
Des voix. — Fichez-nous la paix! — Taistz-vousî
Premier actionnaire. — Non! je parlerai! je rappellerai les gabegies, les malversations, les....
U.^ ACTIONNAIRE. — Vous voulez déshonorcr la France aux yeux de l'étranger?
Un autre, — Et déshonorer la République.
Un AUTRE. — Nous ne voulons rien entendre.
Premier actionnaire. — Vous êtes donc aussi malhonnêtes que ces gens que vous flétrissiez tout à l'heure?
Cris de fureur dans l'Assemblée. On se précipite à l'assaut de la tribune.
Ues actionnaires. — Il nous insulte! — A la porte! — Enlevez-le! — Hou! Hou!
On arrache l'aclionnaire de la tribune, on le pousse dehors, en vociférant. Lui se débat, et crie :
Premier actionnaire. — Imbéciles! On va vous rouler encore une fois 1 On ne vous rend pas votre argent ! On vous prend de nouveaux millions....
L'actionnaire est expulsé de la salle, sous les huées.
Des voix. — Il faut en finir. Votons.
Un obligataire, se levant. — Messieurs, je viens de me concerter avec les délégués des obligataires. Nous serions prêts à accepter un dividende de trente-trois pour cent, mais à deux conditions. D'abord ce dividende nous sera versé dans les six mois qui suivront la constitution de la société nouvelle; ensuite on reconnaîtra aux obligataires le même droit qu'auraient les actionnaires d'acheter, de préférence à toutes autres personnes, des actions de la Société nouvelle.