ACTE PREMIER
Madame Folt.nikr. — On sait que vous êtes un grand honnête homme.... Aussi, bien que vous soyez devenu riche tout d'un coup, vous n'avez à Nancy aucun envieux.... De tous côtés on me félicite sur le prochain mariage de mon neveu.
Roger, riant. — Oh I prochain.... Doucement!
FoURMER. Celle phrase incidente et la réponse de Roger, sur un
loji plus bas. — Nous en causerons tout à l'heure, voulez-vous?
Roger. — Oui.
FoURMER, achevant la phrase de sa tanle. — ... H suffit
qu'on vous ait serré la main une fois, jadis, pour qu'on se vante aujourd'hui d'être de vos amis.... Donec eris felix....
Alphosixe. — Je connais ça. A mon retour de Paris, il y a quatre mois, les anciennes camarades de couvent que je rencontrais dans la rue feignaient de ne pas me
reconnaître. Marie verse la finc-champajrne aux hommes.
Madame Fournier. — Parce que vous divorcez ?
Alphonslne. — Précisément. Mais depuis qu'on sait papa riche, j'ai reçu dix invitations à diner.
ReiNé. — Des jeunes filles du monde me font de l'œil.
Madame Foukmer. — Vous épouserez une millionnaire, galopin.
Roger. — Je n'y tiens pas. Nous savons comment ils finissent, les beaux mariages. Tenez, j'aurais pu en faire un, moi qui vous parle. J'ai préféré épouser une femme sans le sou et qui me plaisait. Nous avons eu de bien durs moments sans doute, mais bah ! on était heureux tout de même.... On s'aimait.
Fourmer. — Vous avez mille fois raison, monsieur Roger : vivent les mariages d'amour.
Mario et lui se regarJent en souriant.
148 LE BIEN D'AITRLI.
Roger. — Si mon fils veut m'être agréable, il épousera quelque brave enfant, à laquelle il ne demandera que d'être jeune et pleine de santé... Mile Gaubert, par exemple.
Re.né, avec une moue. — Ah I la fille de ton ami Gaubert.... Mais je ne la connais pas.... Elle habite Saint- Etienne.
Roger. — Je déciderai Gaubert àvenii' habiter Nancy. Je lui trouverai une bonne place.
René. — Drôle d'idée I
Roger. — Demande à ta mère quels services il nous a rendus ; plus d 'un£ fois j'ai puisé dans sa bourse. (Pause.) Et puis, Lucie est charmante.... C'est une blonde avec des yeux bleus.
René. — Je préfère les brunes aux yeux, noirs.
Madame Fourmer, avec un signe d'iutelligence à Mtoe Rog^r et à René. — Parfait.... J'ai la demoiselle rêvée.... Isabelle de Yiarny.
Roger. — Eh bien, voilà une bru dont je ne voudrais pas, par exemple 1
Madame Pioger. — Pourquoi, mon ami?
Roger, debout. 11 fume un cigare. — Quoi ! Cette jeune personne qu'on voit tous les matins à la messe avec son sacristain de père, et qui, l'après-midi, fait de la bicyclette, du canotage, de l'escrime!... Merci bien. (Silence
embarrassé. — Roger tourne le dos aux autres personnages, qui se regardent consternés. — Roger, qui est au fond près de la bibliothèque, se retourne brusquement.) Au fait, je ne VOUS ai paS
raconter ce qui m'est arrivé cette nuit?
Tous. — Non. Quoi donc?
Roger, redescendant. — Voici. J'avais pris un livre dans la bibliothèque du cousin : L'esprit des lois. Je lisais.
FouRNiER. — La nuit? Malgré ma défense?