ACTE PREMIER
P.OGER. — Je vous en remercie. Mais vous parlant à mon tour à cœur ouvert, je dois vous prévenir, que si en principe, j'ai agréé votre demande, je trouve cependant ma lille un peu jeune pour....
FouRMER. — Il faut se marier jeune, si l'on veut avoir de beaux enfants, et présider soi-même à leur éducation.
Roger. — Votre projet réalisé, cette maison de retraite fondée, Marie devrait vous suivre dans les Alpes? Sa mère et moi serions séparés d'elle.
FouR.MER. — Bah! L'hiver, vous viendrez à Nice, et vous passerez l'été avec nous, dans les montagnes. L'air pur, le repos.... Ce sont mes prescriptions de l'an dernier, souvenez-vous-en.
Roger. — Enfin, vous venez de parler de la dot de Marie. Je suis bien aise de pouvoir m'expliquer nettement avec vous sur ce sujet. (Geste de Fournier.) Si
Si.... C'est une question que je tenais à vider. Faut-il vous dire que je n'entends avantager aucun de mes enfants au détriment des autres? Ils entreront en ménage avec quatre-vingt mille francs chacun.
Fournier. — Eh bien, mais, mon cher monsieur Roger, c'est un apport très raisonnable. Je ne prends pas mademoiselle Marie pour sa fortune. Et ma foi, si ma situation me l'eût permis, je l'aurais peut-être même épousée sans dot.
Roger. — Seulement, ces quatre-vingt mille francs versés, vous ne devez plus rien attendre de moi, je vous en avertis.
FoLRMKR, gaiement. — Voilà du nouveau! A quoi comptez-vous donc employer votre argent? Allez-vous l'enterrer comme un avare ou le dissiper? Ce serait votre droit....
Roger. — Il ne-s'agit pour moi ni de gaspiller mon
bien, ni de thésauriser. Ce sont des dons que je veux faire, des œuvres que je veux fonder.
FoERNiER. — Quand vous mourrez, — si vous lïMurez avant moi — j'aurai probablement une situation brillante. A ce moment-là cent mille francs de plus ou de moins 1... Cependant, je ne serais pas fâché de connaître les raisons qui vous poussent à jouer les Saint-Vineentde-PauK et à déshériter an profit d'étrangers votre famille.
Roger. — C'est bien simple, mon ami. D'abord ces six cent trente mille francs qui me sont tombés du ciel, je ne les considère pas comme m'appartenaut en propre. Je ne les ai pas gagnés, et ji'igaore daas quelles spéeulatioïis louches mon cousin les a gagnés lui-mèrae.
Focr:îleh. — Il ne faisait pas la traite des nègres l...
Roger- — Il jouait à la Bom'se.
FocRMER. — Eh bien? Plût au ciel que toutes les grosses fortunes contemporaines n'eussent pas des origines moins pures.
Roger. — N'importe! Je ne me crois pas autot'isé à disposer en faveur des miens de l'héritage entier de mon cousin. Et puis, je méprise l'argent... L'argettl,. a est le terreau des vices. Je vous avoue que ce n'est pas vSans une certaine inquiétude que je me Sïà& tu brusquement enrichi.
FouR.NiER. — Mais, que diable! Il ne me paraît pas que mailame Roger ou vous
Roger. — Oh! Je ne crains rien pour ma femme ni pour moi. (Riant.) Nous resterons honnêtes. Le pli est pris. >fais mes filles, mon fil»? J''ai peur que cette fortune ne les perde. Aussi tandis que l'ambition de la plupart des pères est d'amasser de l'or pour leurs enfants, la mienne est de les laisser dans un état médiocre.