‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 92 sur 170 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

gréablenipnt surpris à mon retour de voir avec quelle préeipilation mes conseils avaient mené TaiTaire — Mais je leur avais donné des instructions sévères avant mon départ... à un moment où j'étais affolé. Puis, des gens mal intentionnés me montaient la tète, exagéraient les torts d'Alphonsine, attisaient ma colère. On est bien excusable, en pareil cas, de battre un peu la campagne. Plus tard, quand on raisonne, on remet les choses au point.; on s'aperçoit alors que les faits les plus simples avaient été dénaturés, grossis, bref qu'on prenait des taupinières pour des montagnes. On rit de son erreur. On la regrette. (Nouvelle pause.) Je ne doute pas que vous-même et belle-maman n'ayez des intentions conciliantes. Je ne demande, moi, qu'à vous être agréable. Je sais tout ce que je vous dois et j'ai pensé que dans l'intérêt commun, il serait bon peut-être... d'arriver à une entente.

Roger. — Qu'appelez-vous une entente?

MuLLER. — Mon Dieu! Je" ne sais pas au juste!... (Plaisantant.) Mais je Viens vers vous, beau-père, une branche d'olivier à la main. Signons d'abord la paix. Nous jetterons ensuite les bases d'un traité. Ne pourrionsnous, par exemple, arrêter la procédure commencée, et prendre des arrangements amiables? Nous garderions par exemple Jeanne six mois chacun.

Roger. — J'aime les situations nettes.... Celle-là ne le serait pas.

MuLLER. — J'en conviens, mais....

Roger, d'une voix qu'il s'etrorce de rafFermir. — VoyonS,

mon ami, une fois pour toutes, expliquons-nous franchement. 11 n'a pas tenu à moi, vous le savez, que nous ne l'ayons fait plus tôt. Ce procès désole Marthe: il m'afflige. Pour Alphonsine elle, est humiliée que vous

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ayez pu ajouter foi à toutes les calomnies qu'on vous a débitées sur son compte, car ce sont de pures calomnies. On satisfaisait une basse vengeance en salissant ainsi ma fille. L'homme qui vous l'a dénoncée, l'a pendant un an poursuivie de ses assiduités, et c'est quand il s'est vu définitivement repoussé par elle....

MuLLER, feignant une vive indignation. — Ah! le gOUJat! Il

y avait un tel accent de sincérité dans ses paroles! une telle précision dans les renseignements qu'il me donnait! En voilà un à qui je flanquerai volontiers mon pied

Roger. — Non. Pas de scandale. Mais croyez à l'innocence de votre femme. Elle m'a juré à moi, son père, qu'elle n'a rien à se reprocher.

McLLER, feignant une joie très vive. — Elle l'a juré?

Vraiment?

Roger. — Votre démarche prouve, d'ailleurs, que vous ne la jugez pas coupable. N'est-ce pas?

Muller, anxieux. — Mais... Alphonsine... malgré tout ce qui s'est passé, a-t-elle encore un peu... d'affection.. . pour moi ?

Roger. — Vous avez été bien injuste et bien dur pour elle. Elle n'a pas cessé de vous aimer cependant.

Muller, comme si l'émotion l'étranglait — Vous nesaurez... jamais. . . quelle joie me causent vos paroles. (Détournant les yeux.; Il ne nous resterait alors... qu'une chose à faire....

Roger. — Abandonner votre instance en divorce.

Muller. — Et... Alphonsine consentirait à retourner chez moi?

Roger. — Tout de suite.

Mi'LLER, son visage s'épanouit. — Après réflexion. — Je ne

voudrais pas lui imposer un saci^fice. Vous êtes riclie, Ma situation en somme est peu brillante.... Roger. — La femme doit suivre son mari.

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