ACTE DEUXIÈME
Roger. — Quoi! qu'y a-t-il?
Julie. — On apporte cette facture de la part de M. Haas.
Roger. — Bien... donnez....
Julie. — C'est que... l'encaisseur demande une réponse.... M. Haas serait bien obligé à monsieur, si monsieur pouvait....
Roger. — Ça monte à...?
Julie. — Cinq cent quatre-vingts francs.
Roger, à Muller. — Vous permettez...?
Il ouvre un tiroir.
Julie. — On attend aussi la quotité de monsieur, pour l'œuvre des Enfants-Abandonnés.
Roger. (Au moment de donner l'argent, il est frappé par une
idée subite). — Non.... Je n'ai pas d'argent ici... qu'on repasse.... J'enverrai René... ce soir... ou demain....
(Julie sort. Muller a suivi la scène avec attention.) VoUS dînez aveC
nous ce soir?
Muller. — battant prudemment en retraite. Ce SOir...? Mon
Dieu, je.... Au fait, non... je dois retourner à Paris.... xMa femme va-t-elle rentrer?
Roger. — Dans trois quarts d'heure, ou une heure, je pense.
Muller. — J'aurais voulu la voir avant de vous quitter, car je suis attendu par des clients qui me retiendront peut-être plus longtemps que je ne le voudrais. S'il m'était impossible de revenir dans la soirée, je referais le voyage dimanche. Ce serait même préférable; j'aurai alors tout le loisir de causer avec Alphonsine. Au surplus je vous écrirai demain (Se levant.) après avoir conféré avec mon avocat.
Roger. — Ma fille va prier le sien de faire rayer l'affaire.
Miller. — Oui. (Comme se ravisant.) Au fait, non, qu'elle .n'écrive pas. Et même pour lui éviter toute déconvenue, il serait bon de taire nos pourparlers tant qu'ils n'auront pas abouti.
Roger, étonné. — Ne sommes-nous pas d'accord?
MuLLER. — En principe, si, mon cher beau-père. Mais, et vous le comprenez, du reste, bien des points obscurs doivent être éclaircis. Ces témoins qui sont venus s'offrir à moi, je veux savoir qui les a payés pour mentir, ou s'ils disaient la vérité, ou encore quelle part de vrai et de faux, il devait y avoir dans leurs dépositions. Evidemment ma femme, à plusieurs reprises et à mon insu, a vu ce M. Gardel.
Roger. — Vous le lui avez présenté. Elle est sortie quelquefois avec lui.... Elle ne le nie pas.
MuLLER. — Vous voyez bien. Permettez-moi donc de éprendre d'abord des renseignements que j'estime indispensables.
Il a pris son chapeau.
Roger l'arrêtant. — Un moment, mon ami, un moment.
Mdller. — Il est assez naturel que sur le point de faire un sacrifice, j'en veuille connaître l'exacte étendue.
Roger. — Quel sacrifice?
MuLT.ER. — Mais... reprendre Alphonsine.... Elle a commis des légèretés, des inconséquences... que je suis prêta oublier... à cause de Jeannette et de vous. Je veux avoir la certitude qu'il ne s'est rien passé de plus grave.
Roger. — Si vous n'aviez pas cette certitude avant d'entrer ici, que signifie votre démarche? Je ne vous ai pas fait appeler. Vous êtes venu de votre propre gré, une branche d'olivier à la main. J'exige donc de vous à l'instant même une réponse catégorique.