‹ ThéâtreChapitre 107 sur 174 · ACTE PREMIEU · texte numérisé non relu

ACTE PREMIEU

Ferrier. — Quarante millions!

AsTRAUD. — Oh ! monsieur le maire, ce sont les électeurs qui paieront.

Tardieu. — Et sans se plaindre.

Ferrier, — J'aurai donc du bon sens pour eux, s'ils n'en ont pas. D'ailleurs j'ai d'autres projets, moins coûteux et d'un intérêt plus immédiat.

Martin. — Lesquels?

Ferrier. — D'abord élever un nouvel hôpital. Nous manquons de lits. Puis, je tiens à ouvrir des crèches, des garderies pour les enfants pauvres, à créer des écoles professionnelles pour les jeunes gens qu'il faut arracher à la rue et à qui il faut donner un métier. Les seules œuvres de ce genre que nous possédions à Salente sont entre les mains cléricales. M. de Petitchamp, Mme Errazura et leurs acolytes, qui les dirigent, en tirent une prodigieuse influence. .Je m'en aperçois depuis mon arrivée à la mairie.

GiDON. — Oui... les obscurantistes et les réacteurs ont....

Ferrier. — Et combien de temps leur a-t-il fallu pour devenir ainsi les maîtres de la ville? Vingt ans! Vingt ans à peine.

PiÉG.MER. — En effet, il y a une vingtaine d'années que la Vierge est apparue au petit pâtre Porillot sur la colline de Breuilly où il n'y avait que des châtaigniers et où se dresse aujourd'hui cet orgueilleux sanctuaire de Notre-Dame de Salente.

Ferrier. — Quel parti on a su tirer de cette apparition miraculeuse! Quelle hâte on a mise à ouvrir une liste de souscriptions pour élever cette lourde basilique,

à l'ombre de laquelle sont nées el croissent toutes ces œuvres, où l'on travaille sourdement, obstinément, contre nous. Lisez-vous quelquefois le Bulletin de Salente que dirige le vicaire général, Mgr de Belraont?

Rég.mer. — Non, jamais.

Ferrif.r. — Vous avez tort. Vous verriez ce cjue ces gens ont fait de la reliîrion : une ingénieuse machine à pomper les économies des fidèles. Chaque semane, en tète de leur bulletin, paraît la liste des offrandes. Il faut la lire. C'est très réjouissant : '( Versement pour la prospérité d'une maison de commerce. » « Pour qu'un jeune ménage ait un fils. » « Petit acompte et promesse d'un versement plus fort si on oltlient un emploi. » « Promesse de partage si on fait un gain inespéré. » En sorte (|ue devant ces marcbandi,'^es naïfs avec Diea et toute celte comptabilité céleste nn se prend à douter si on vil en France au vingtième siècle ou dans l'Australasie au milieu d'une tribu de î'apous. 3

AsTR^ci). — Et tous ces individus voteront contre nous.

Ferbier. — Je l'espère bien.

AsTRAUD. — Cela fait dix ou douze mille voix.

Martln. — Mme Errazurn a les quatre mille voix des ouvriers de sa filature.

AsTRAUD. — Ah! la vieille sorcière! Après avoir rôti des balais, dont Dieu seul sait le n.rabre, elle est tombée dans la religion sur la fin de ses jours.

Ferrier. — Et cette dure bigote, exigeante pour ses ouvriers, est féroce pour les malh«*ureux qu'elle recueille ; dans ses œuvn^s. Elle a fondé dernièrement un asile '. pour les jeunes fdles phtisiques. J'ai fait prendra qaet- j

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