ACTE PREMIER
De Riols. — Les modérés votoront alors pour la liste
Petitclianip.
RoNDOLi. — Non, monsieur le marquis : M. de Pelilchamp est un clérical militant, et nos modérés sont des libéraux (qui n'est pas libéral en France?) résolumenl hostiles au gouvernement des curés.
De Hiols. — Selon vous, qui donc sera élu dans six
semaines?
RoNDOU. — Ni Ferrier, ni Maréchal, ni Petitchamp, si un quatrième candidat se présente. Il recueillerait les voix des mécontents qui veulent voter contre Ferrier. des républicains qui veulent voter contre Petitchamp, des réactionnaires qui veulent voter contre Maréchal, car les électeurs votent plutôt contre un candidat qui leur déplaît que pour un candidat de leur
choix.
De R101.S. — Et ce quatrième candidat, ce
sera?. . .
RoNDOLi. — Âh! je ne sais.... Pour ce rôle, il faudrait un homme sérieux, considéré, ayant une grande situation personnelle, et qui n'aurait jamais fait de politique active.... U serait sans ennemis. Tenez, vous, par exemple.
De Riols. — Moi?
RoNDOLi. — Maire de Salente, comme le furent votre père et votre grand-père, pourquoi pas? L'an dernier, avant de s'adresser à M. Ferrier, les délégués des ouvriers et des industriels salentins avaient songé à vous. Et il y a deux semaines vos collègues de la Chambre de commerce vous suppliaient de poser votre candidature. Je le sais.
184 LA VIE PUBUQOE.
Dû RioLs. — Vous savez aussi ma réponse.
HoNDiui. — Vous n'avez pas dit oui. Mais vous n'avez pas dit non. Vous hésitez. Vous avez peur do la lutte et l>€ur de la défaite. Ce sentiment est indigne de vous. Oue risquez-vous d'ailleurs? Combattant pour un principe, vous ne seriez ni diminué, ni ridiculisé par un éclifc. L'honneur serait sauf. Mais le succès est cer taii). Evidemment vous ne vous présenteriez pas comme candidat conservateur, ni comme candidat républicain, si le mot vous déplaît. En cherchant bien.... Tenez : « Liste des réformes sociales! » C'est joli et ça ne veut rien dire. Une étiquette heureuse et sonore, il n'en faut pas davantage en France pour ftre élu. En tout cas, vous réunirez un nombre considérable de suffrages. Entre le premier et le second tour do scrutin vous serez le maître de la situation. Vous ferez pencher la balance en faveur de qui vous voudrez. Vous dicterez vos conditions.
De RioLs. — Comment mener une campagne sans êti'e soutenu par la presse?
RoNDOLi. — Et le Petit Satentinl
De Riols. - Un journal radical! Son directeur refusera....
RoNDOLi. — Mais, monsieur de Riols, le Journal du Peuple de Vergogneur et la Démocratie de Corvino soutiendront Maréclial; l'Indépendant soutiendra M. Ferrier. Le directeur du Petit Salentin sera obligé de vous soutenir, s'il veut avoii- un candidat. Et il faut bien qu'il en ait un.
De Rjols, après an silence. — Quoi que vous en pensiez, la situation de M. Ferrier est très forte.