ACTE PREMIER
KoM)or,i, plus l).is. — l>ali!... l\ suf/irait qu'une noiivt'lle grèvo, une grève des tramways....
De Rioi.s. — ha grève de l'an dernier s'est Jerniinée [) jr un compromis signé devant le maire par les délégués des ouvriers et de la Compagnie.
Ro.MK)Li. — Il se peut que la Compagnie n'ait pas tenu tons ses engagements.... Les employés rarfirinent,... Dans une grève, le maire devrait prendre parti pour eux ou contre eux ... Contre eus, il j>erd dix-liuit cents voix: pour eux.... La Compagnie est riche, elle a des moyen. s d'action puissants.
I)ë Riols. — -Supposons, supposons un instant que jaccepte.... Vous demanderiez à faire partie de mon conseil?
Ro.NDfiLi. — Non. Je n'ai pas l'intention de vous créer des embarras. Je vous seconderai mieux d'ailleurs en me tenant dans la coulisse. Mais... je joue cartes sur
table Si vous arrivez à la mairie, vous me nommerez
inspecteur de la salubrité, ou médecin en cliel" de la ville.
De Rioi.s, après un nouveau silence. — Et si. enlevant des v»ix à la liste Ferrier, j'assurais le succès de la liste Maréchal?
RitNixui. — Eb bien î Maréchal sera un très bon maire. M. Ferrier ne ferait pas entreprendre ces travaux dont les Salentins réclament l'exécution. Ces vieux quartiers, où la Compagnie des Tramways {appunan ) et votre société ont des immeubles qu'il faudrait jeter bas dans l'intérêt de la santé publique, VI. Ferrier ne les fera pas démolir. Maréchal et ses amis n'hésiteront pas une minute. S'ils hésitaient... quelques démarches... dis-
crêtes... (Riant.) Jamais nous n'aurons eu un conseil municipal si bon marché.
De Riols. — Nous n'achetons pas les consciences. Ce n'est pas nous qui irons proposer....
RoDOLi. — Oh! vous n'aurez pas à vous déranger. Ces messieurs viendront à vous. D'ailleurs pour donner du travail à des milliers d'ouvriers et s'en faire de futurs électeurs, Maréchal éventrerait la ville. Voyons, monsieur de Riols, décidez-vous. Je vous assure —
De Riots. — Rien ne presse, rien. (Il met ses gants.)
RONDOLI, après un silence. — VouS VOUS trompez. VouS
avez intérêt à creuser un infranchissable fossé entre M. Ferrier et vous.
De Riols. — Pourquoi cela?...
RoDOLi, — Vous avez un fils. M. Ferrier a une fille.
De Riols. — Eh bien?
RoNDOLi. — Mlle Ferrier est fort jolie et je crois que votre fils n'est pas sans s'en être aperçu.
De Riols. — Quelle plaisanterie !
RoNDOLi. — Promenez-vous un soir vers cinq heures dans le parc Chantereine, autour du petit lac. L'endroit est charmant. Vous m'y trouverez fumant un cigare. Et je serais surpris si vous n'y rencontriez pas aussi M. André et Mlle Cécile qui s'y voient chaque jour. Mlle Ferrier est une petite fille pleine de sagesse, de raison, qui n'a dû accorder ses rendez-vous... publics, que si on lui a fait une promesse qui... (Dans les coulisses
des mandolinistes attaquent un morceau.)
De Riols. — Mon fils est le comte de Riols. Il sait ce qu'il doit à son nom, à son titre.