ACTE DEUXIÈME
Claudia. — C'est quo, monsieur... peut-être... vous ne savez pas, le millier de voix qu'il vous faut au second tour de scrutin pour être élu, il vous le donnera, 11 est sûr de vous le donner.
Ferrier, haussant les épaules. — Allons donc!
Claudia, plus bas. — Le secrétaire de votre comité (jui fut arrêté, on va le relâcher.
Ferrier. — On a donc reconnu son innocence?
Claudia. — M. Guébriant a insisté pour qu'on le mît en liberté. Mais ce n'est pas tout. Promettezmoi....
Ferrif.r. — Rien, madame, rien. Je ne veux rien vous promettre. J'aime mieux n'être pas élu que de lêtre grâce à M. Guébriant.
Claudia. — Vous vous acharnez sur un vieillard! Vous voulez donc sa mort? (Elle lui prend les mains.) Quoi, Monsieur, vous qu'on dit si bon, vous n'auriez pas pitié de lui? Par rancune politique, perdrez-vous un homme? Le jetterez-vous au tombeau? Car il mourrait, il se tuerait plutôt que de subir l'infamie d'une poursuite, d'une condamnation. Si vous le poussez à un acte de désespoir, n'en aurez-vous pas un remords éternel? Et vous-même, est-il possible que vous compromettiez ainsi votre élection? Comment serez-vous victorieux, dimanche, si vous avez contre vous le parti de Riols et le parti ouvrier?... Ne repoussez pas l'aide qu'on vous oiTre! M. Guébriant obtiendra du préfet qu'il agisse pour vous. Puis il ira à Paris, il verra le... les personnes qu'il faut voir. Vous ne croyez pas ce que je vous dis. Je m'explique mal sans doute. Mais si vous vouliez rei;evoir notre sénateur, ici, chez vous, il pour-
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rait... (Gesift négatif de Ferrier.) Monsieur, je VOUS supplie... Kcoutez-moi.... Répondez-moi.... Songez à ce malheureux qui m'attend et auquel il faut que je rapporte un mot d'espoir.... Enfin que demandez-vous? Qu'exigezvous de moi? Faites vos conditions. J'accepte tout.
Ferrier. — Hé, madame (>onnerie du téléphone. Il va
à l'appareil.) Allo!... Ail!... il est là... oui, tout de suite.... Faites-le entrer dans le petit salon. (Revenant à Claudia.) Madame, je regrette d'interrompre cet entretien, mais je suis obligé de recevoir quelqu'un.
Claudia. — Monsieiu", je vous en prie, accoi^dez-nous deux heures encore. (Sur un geste de Ferrier.) Ce n'est pas un marché que je vous propose, puisque, sans connaître votre réponse, M. Guébriant a agi (l'iusbas.) Faire remettre Bouvet en liberté n'était pas vous servir suffisamment. M. Guébriant a obtenu mieux que cela
Avant ce soir, vous apprendrez une nouvelle qui jettera le désarroi dans le parti de Riols et qui...
Ferrier. — Quelque démarche qu'ait pu tenter M. Guébriant, je la désavoue.
Claldia. — Oh! maintenant, monsieur le maire, elle est faite.
Ferrier. — Adieu, madame.
Claudia. — Au revoir, monsieur le maire.
Elle sort. Ferrier sonne. Louis paraît. Ferrier sort de sa poche la lettre qu'il a montrée à Astraud. Il la met sous enveloppe.
Ferrier. — Introduisez M. de Riols et dites à mon secrétaire de venir. 11 f;iut qu'il aille porter une lettre au parquet.
Louis sort. Ferrier écrit l'adresse sur l'enveloppe. De Riols paraît, H s'arrête sur le seuil de la porte.